Voyager en solo vs la solitude

Les sempiternelles triplettes : la solitude, la chance et la peur

Quand je dis aux gens que je voyagerai seule pour un an, les réactions tournent souvent autour de ceci :

« Toute seule!? Je m’ennuierais bien trop! T’es vraiment solitaire...»

« T’as pas peur?! T’es courageuse...»

« T’es donc bien chanceuse! »

Pour le moment, je parlerai ici de la solitude du voyageur en solo. Surtout, je voudrais démystifier cette fausse impression que voyager seul signifie être seul. Et je le ferai en racontant mon expérience personnelle de la chose.

Pour lire mon article à propos de la peur de voyager seule : 

Pour lire mon article à propos de la "chance" de voyager : 

Ver solitaire

J’admets d’emblée que je suis quelqu’un à qui la solitude ne fait pas peur. Je l’apprécie, même. Je ne m’ennuie jamais, toute seule, quand je me balade dans les méandres de ma caboche frisée. J’aime observer la marche du monde, y réfléchir et j’ai une tendance certaine à l’introspection. Et puis je suis une lectrice insatiable!

C’est sûr que ces traits de caractère font de moi la candidate idéale pour le voyage en solo. D’abord parce que pendant les trajets d’avion, de bus ou de train, je trouve rarement le temps long (je lis, je pars dans mes pensées...). Ensuite, parce qu’Isa l’observatrice est perpétuellement éblouie de découvrir des paysages neufs, des traits culturels nouveaux, etc. Et puis finalement, parce que tout ça me fournit matière à réflexion sur le monde (et du temps pour le faire). 

Mais est-il nécessaire d’avoir la bosse des plaisirs solitaires pour apprécier de voyager seul? J’en doute, mais je vous laisse en juger.

Je suis partie seule trois fois jusqu’ici :

  • deux semaines en Jamaïque en 2003

  • trois mois en Inde en 2006

  • et un peu moins de deux mois en Turquie (3 semaines) et en Inde (4 semaines) en 2009.

Voilà comment ça s’est passé…

La Jamaïque (mai 2003)

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La première fois que je suis partie seule, c’était par accident. Une amie et moi avions réservé deux semaines à Negril et à la dernière minute elle a eu un empêchement. J’ai failli annuler le voyage moi aussi mais j’y suis allée quand même. Heureusement! Cette expérience a changé le cours de ma vie...

Je logeais dans un petit cottage comprenant chambre et salle de bain, directement sur la superbe plage de Negril. Le deuxième jour de mon arrivée, je croise une Jamaïcaine sortant d’un des autres cottages et je la revois à la plage un peu plus tard. On se salue et je profite de l’occasion pour lui demander s’il y a une épicerie dans le coin (je n’habitais pas un de ces tout-inclus). Elle propose de m’y accompagner. En fait j’extrapole là, parce qu’en réalité elle a juste dit : « Come! ». Marcia parlait le créole jamaïcain et juste quelques mots d’anglais.

Et me voilà partie pour deux semaines d’aventures!

Le lendemain, j’ai recroisé Marcia qui sortait du même cottage que la veille (je crois qu’elle vendait ses charmes à ce touriste, en fait). Elle m’a souri, m’a dit : « Come! » et ça m’a suffi pour la suivre sans avoir aucune idée de ce qui m’attendait. Mon instinct me disait d’y aller, c’est tout, et je lui ai fait confiance.

Marcia m’a emmenée jusque dans son patelin, près de Savannah-la-Mar et elle m’a présentée à sa famille. Ils habitaient un coin plutôt « ghetto », avec des maisonnettes en bois et tôle de métal rouillée, sans eau courante (il y avait une pompe au centre du village), mais il y avait l’électricité. À cause de la barrière linguistique entre Marcia et moi, j’ai surtout passé du temps avec son frère Kevin qui parlait très bien anglais (mieux que moi à l’époque!). Il m’a fait visiter le village. C’était plutôt impressionnant de me retrouver dans ces lieux, seul visage pâle à des kilomètres. Mais je n’avais pas peur, je ne me sentais pas en danger. Je me sentais plutôt privilégiée, comme si on me faisait l’honneur de me confier un secret.

Je n’oublierai jamais cette atmosphère...

Il y avait de la musique très forte partout (reggae, ragga...), mais ce n’était pas cacophonique, c’était... enveloppant. Le hit de l’heure, c’était « Thank You Mamma » de Sizzla et on l’entendait partout. Écoutez la toune avec les yeux fermés et imaginez-vous marchant tranquillement sur un chemin de terre battue, entre des petites maisons de tôle rouillée, détendu. Le soleil plombe, vous êtes en sueur, ça sent la ganja et la viande grillée et votre sourire est tellement grand qu’il dépasse de votre visage pour toucher les nuages...

Kevin

Kevin était vraiment très touchant. Dans sa petite maison en bois d’une seule pièce, il y avait un matelas au sol, quelques vêtements et un livre d’Histoire des États-Unis usé à la corde. Kevin n’allait plus à l’école, mais il conservait précieusement ce vieux livre, qu’il lisait et relisait. Pour gagner sa vie, il alternait les mois à travailler dur à Ochos Rios avec de longues périodes à glander au village avec ses amis. Il me parlait de la dure réalité de son pays, du nombre inquiétant de jeunes femmes qui ont des grossesses ou des ITS avant l’âge de 16 ans, de la violence… Il rêvait d’immigrer aux États-Unis, d’avoir une vie confortable et douce.

J’ai passé mes 2 semaines en Jamaïque à fréquenter cette famille et grâce à eux j’ai vécu plein d’expériences que je n’aurais pas vécues si j’étais restée sur la plage à boire des ti-punch avec mon amie. 

Le cousin chauffeur de taxi nous a trimballés sur les routes cahoteuses des alentours. On a navigué sur la Black River et admiré ses mangroves et ses crocos (alligators?), on a relaxé sur la belle plage de Bluefield surtout fréquentée par les locaux et on s’est baignés dans les eaux claires de Mayfield Falls, avec ses ponts suspendus en bambou.

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Black River (Pas peureux, le monsieur: il y avait des alligators!)

Bluefield

Mayfield Falls

J’ai goûté un jerk chicken dans un shack sur le bord d’une route qui me fait encore frétiller la papille juste à y penser.

J’ai partagé un vrai repas maison jamaïcain au village (un genre de ragoût).

Marcia et ses copines m’ont emmenée danser dans un club de Savanna un soir, précédé d’une séance de magasinage dans les petites échoppes du coin. Les filles me trouvaient vraiment trop drab pour sortir et j’ai décidé de jouer le jeu en portant une camisole tellement trop sexy pour mon genre et des talons hauts. Je peux vous dire qu’en 2003, ça tworkait déjà par là-bas.

Pour faire plaisir aux petites nièces de Marcia qui insistaient beaucoup, je me suis fait tresser les cheveux par elles. J’avoue que le résultat était plutôt joli, avec un design original, mais surtout, la séance (interminable!) de coiffure m’a permis de passer du temps avec des fillettes attachantes.

 

Oh, et il y aussi eu ce vieil hippie (le sosie d’Iggy Pop) rencontré sous la hutte d’un de ces bars de plage avec qui j’ai eu l’occasion de discuter, le temps d’un ou deux drinks. C’était un Américain tombé amoureux de ce pays et qui avait fini par s’y installer pour de bon. Il vivait heureux avec le strict minimum, en faisant des petites jobines.

Et la solitude dans tout ça, me direz-vous?

Et bien justement... 

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Pour lire mes aventures de voyageuse en solo en Inde: 

Pour voir la galerie de portraits de mes voyages en solo: 

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