Voyager seule en Inde vs la solitude

Si mon premier voyage en solo est arrivé par accident (voir Voyager en solo vs la solitude), ça a été un mosus de bel accident! Cette expérience a changé ma vie, rien de moins. Parce que tout à coup j’ai réalisé que, de un : je pouvais partir toute seule sans attendre que quelqu’un ait le temps (et les moyens) de partir en même temps que moi. Et que, de deux : voyager toute seule ne voulait certainement pas dire rester seule dans mon coin et ne rien partager avec personne. Qu’est-ce qui m’empêchait alors de réaliser mes rêves d’aventures à l’étranger? Rien pantoute!

Et l’endroit qui me faisait rêver depuis toujours, c’était l’Inde. Alors en 2006, j’y suis partie toute seule pour trois mois en croyant que, comme en Jamaïque, j’allais y faire des rencontres intéressantes.

Me fourre-je? Voyons voir…

INDE (septembre à décembre 2006)

Je ne raconterai pas ce voyage en détails, mais seulement du point de vue des rencontres que j’y ai faites (ou pas: suspense!) et de ce qu’elles m’ont apporté (ou pas: re-suspense!).

Delhi

Pradeep. Ce voyage, j’étais passée par une agence pour l’organiser. Avec le type de l’agence j’avais préparé tout un itinéraire pour l’Inde du Nord (que j’ai arrêté de suivre après 3 jours!). Quelqu’un m’attendait à mon arrivée à l’aéroport de Delhi. C’était Pradeep, un guide indien employé par l’agence, qui m’a fait visiter la ville et qui m’a aussi aidée à acheter mon premier billet de train pour ma prochaine destination. Bien sûr, au départ, il était payé pour m’aider avec tout ça. Mais mon contact avec lui est allé bien plus loin. Pradeep est très cool et on a passé de très belles soirées à boire du whisky en se racontant nos vies et nos aspirations. On s’est même revus deux autres fois quelques temps plus tard, une fois à Udaipur et l’autre à Jaisalmer. Et à ce jour, on est toujours restés en contact via Facebook.

Rishikesh

Miki. Mon endroit fétiche à Rishikesh : le Freedom Ganga Café. Une grande terrasse avec vue sur le Gange, atmosphère détendu, coussins au sol, tables basses. J’y ai passé des heures et des heures à flâner, écrire, lire. J’y ai fait la connaissance, entre autres, de Miki, un brillant étudiant israélien qui m’a raconté son pays. Il m’a parlé du service militaire obligatoire, qui explique en partie pourquoi il y a autant de leurs jeunes qui viennent ensuite se lâcher lousse en Inde pendant quelques temps. Il m’a parlé du judaïsme et de ce sentiment d’être détesté par le monde entier en tant que Juif israélien qui pesait si lourd sur ses épaules… Ensemble, on est allé voir une très jolie chute dont il avait entendu parler. Puis on a décidé de voyager ensemble pendant quelques jours.

McLeod Ganj / Baghsu

Miki et Sivan. Après Rishikesh, je suis partie vers McLeod Ganj avec Miki. Comme il y était déjà venu, il m’a fait découvrir des endroits que je n’aurais peut-être pas connus si j’y étais allée toute seule (comme Dharamkot et Baghsu). On s’est installés à Baghsu, un peu en-dehors de McLeod Ganj, mais à distance de marche. Puis après quelques jours Miki est parti de son côté.

À Baghsu, j'ai fait la connaissance d'une Israélienne très sympathique qui donnait des cours de yoga, Sivan (avec qui je suis toujours en contact). Il y a eu aussi plein d’autres personnes (Japonais, Américain, Français, Allemand, Népalais, Indiens, plein d’Israéliens…) avec qui j’ai partagé un moment, une conversation, un repas, une partie de cartes, un whisky, un Hello to the Queen (miam!), un Baghsu Cake (MY GOD!)...

Amritsar

Pierce. Après McLeod Ganj, je partais vers Amritsar. Pour y aller je devais prendre un bus local à 5 h du matin. J’attendais sur un banc, toute seule avec quelques Indiens. Il faisait noir, j’étais un peu intimidée. Je n’étais pas encore habituée aux bus locaux où il n’y a pas vraiment de terminus, juste un spot où tu te rends parce qu’on t’a dit que le bus passerait là. Il faut y croire. Et être patient, souvent! Bref, j’étais là toute seule avec mon petit malaise quand j’ai vu arriver ce grand Irlandais, Pierce. On a tout de suite sympathisé et on a passé les 3 prochains jours ensemble. On a visité le Golden Temple (on y logeait) et la ville. Et comme Amritsar est située près de la frontière indo-pakistanaise, on est allés assister au changement de garde militaire en-dehors de la ville (cool).

J’ai eu un groooooos kick sur cette ville, son ambiance et son temple d’or (j’y suis d’ailleurs retournée pendant mon séjour indien suivant en 2009 et je pense que je publierai éventuellement un article consacré à cet endroit hors du commun). Quant à Pierce, c’était le compagnon de voyage parfait : pas compliqué, willing, intéressant et très drôle. En bonus, à tout moment il lançait un tonitruant : « SACRE BLEU! », les seuls mots en français qu’il connaissait (j’ai ri ma vie).

On a aussi rencontré deux jeunes sikhs vraiment sweet qui nous ont parlé de leur religion et du temple, tout ça. Et puis tout un tas d’Indiens en pèlerinage au temple qui voulaient se faire photographier et échanger avec nous. Entre autres, cette jeune étudiante vraiment attachante avec qui on s’est attardé et qui nous a parlé de l’importance du mariage dans son milieu et de son hésitation à se lancer dans un mariage organisé.

Ensuite, on a pris le train, Pierce et moi, vers Delhi, avant de nous séparer. De mon côté, j’allais à Jaipur.

Jaipur

Les Belges. Je ne suis pas restée longtemps à Jaipur (pas ma préférée, disons), mais au Amber Palace, j'ai rencontré deux Belges et une Indienne qui travaillaient à Delhi. Ils étaient invités sur un ranch privé pas très loin de Jaipur et ils m'ont invitée à les accompagner pour voir un match de polo. L'un des 3 était un insupportable snobinard de diplomate avec chauffeur rempli de mépris pour l'Inde et ses gens (locaux ET touristes), mais les 2 autres étaient gentils. Et heille! l’occasion de voir un match de polo sur un ranch privé : you bet que je n’ai pas manqué ça! Sur place, j’ai rencontré Diana, une Hollandaise géniale avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir. Quant au propriétaire du magnifique domaine, un vieux sikh, c’était un hôte parfait, accueillant et sans prétention.

Il y a eu aussi mon formidable voisin de chambre à la guesthouse, un sexagénaire néo-zélandais (un vrai beau weirdo comme je les aime).

Direction Pushkar!

Pushkar

Joyeux mélange ! Déjà dans le bus qui m’y menait, j’ai fait la connaissance de deux Britanniques, Sarah et Tristan, avec qui j’ai passé mes premiers jours à Pushkar. Et sitôt arrivée, j’étais sous le charme de l’endroit. J’y passerai une dizaine de jours et j’y rencontrerai plein de gens aussi intéressants qu’hétéroclites.

Il y a eu cet attachant (et borderline!) toxico hollandais (Broken Ton), un charmant couple portugais, un timide et sweet Autrichien (Tomàs, que je retrouverai plus tard à Bundi), une belle Grecque, un énigmatique et sexy Vénézuélien, un sympathique Chilien, plein d’autres touristes et plusieurs Indiens très gentils qui travaillaient à la guesthouse où j’ai passé presque toutes mes soirées. L’un deux m’a même emmenée en moto dans une ville proche, Ajmer, où il allait visiter ses parents.

Il y a aussi eu René, un Hollandais vivant en Allemagne, qui m’a donné le courage de grimper en haut d’une montagne à l’aube pour observer le lever du soleil sur Pushkar (quel spectacle!).

Et puis je suis partie vers Bundi. Je savais que Tomàs y était parti et j’espérais le croiser.

Bundi

Tomàs. Après 3 minutes à marcher dans cette petite ville très chouette, j’ai croisé Tomàs. Il était vraiment sympathique et relaxe (et hirsute!). On a passé quelques jours à visiter ensemble la ville et les environs à moto. Grâce à lui, j’ai visité un endroit vraiment magique à 30 km de là, un canyon avec des chutes, personne autour, des arbres magnifiques, des oiseaux verts (perroquets?) et j’y ai vu un immense lézard (varan?). Et puis la route était bordée de petits villages. Une sacrée belle virée!

Et sans lui je n’aurais sûrement pas non plus escaladé le fort de Bundi (qui tombe en ruines) pour y assister au coucher du soleil (et j’aurais manqué quelque chose en ta).

Puis Tomàs est parti. De tous ceux qui ont croisé mon chemin pendant ce voyage, Tomàs fait partie de ceux dont je me suis le plus attachée. Je me suis sentie vraiment triste quand il est parti. On avait prévu de se retrouver à Varanasi fin décembre, mais notre rendez-vous n’a pas eu lieu parce que j’ai dû rentrer d’urgence à la maison plus tôt que prévu. C’est la vie.

Mais à ma guesthouse (Elephant Stable), Raj le gérant était vraiment gentil et sa poupoune de 2-3 ans était craquante. Il y avait aussi 2 jeunes qui m’ont emmenée en moto pour visiter un temple du coin où il y avait des singes blancs trop mignons.

Ensuite je partais à Udaipur. J’ai attendu mon bus local de nuit (en retard de 2 heures!) dans un de ces spots non-identifiés où on te dit que c’est là que le bus va passer. Il y avait une famille indienne qui attendait elle aussi, assise dans un jeep, un gamin d’à peu près 6 ans assis derrière le volant. Il m’a dit « Hello! » et je lui ai demandé s’il voulait bien me conduire à Udaipur. Toute la famille a éclaté de rire et on a sympathisé. Je n’ai pas vu le temps passer tellement j’étais bien avec eux.

Udaipur

Deux motards français, une fée et un ex-hare Krishna. J’ai passé une douzaine de jours à Udaipur. L’endroit où je logeais (Pushkar Palace) était vraiment cool, avec une cour intérieure. J’y ai fait des super rencontres parmi les locataires. D’abord, il y avait Jacob, ce Danois qui avait passé 7 ans dans une communauté hare krishna, tellement gentil et doux. C’est lui qui m’a fait découvrir l’endroit pour les meilleures sucreries indiennes en ville (au monde???).

Il y avait aussi ces 2 Français vraiment trippants qui voyageaient ensemble à moto depuis des années, dormant surtout dans des temples pour quelques roupies. Hugo était superbe et lisse comme une statue grecque. Mais c’est avec Jean-Luc et ses dreads blonds que j’ai passé le plus de temps. Il était né au Congo avant de déménager en France, de devenir peintre, puis de se mettre à voyager partout dans le monde. Il était passionnant à écouter.

Puis le gérant de la guesthouse était vraiment gentil. Il y avait aussi une Québécoise qui apprenait la danse traditionnelle indienne et un Canadien de Thunder Bay. Et j’ai revu Pradeep, mon guide à Delhi, qui passait deux jours dans le coin.

Surtout, j'y ai rencontré Lezley (qui se faisait appeler Lakshmi). C’était une Britannique de 45 ans vivant en Californie. Quelques temps auparavant, elle avait décidé de vendre toutes ses affaires, envoyé 2 boîtes de souvenirs chez sa mère en Angleterre et elle était partie en Inde, pour vivre en nomade. Son histoire m’avait fait rêver. Je m’étais dit que je voulais faire ça un jour moi aussi. Il semble que ce soit une rencontre qui m’ait marquée parce que je me retrouve aujourd’hui à faire exactement ça, du moins pour un an... J’ai passé mes derniers jours à Udaipur principalement avec elle. Quelle femme attachante! Je l’avais surnommée My Udaipur Fairy. Nous sommes toujours en contact via Facebook, elle et moi.

Et toute la bande se retrouvait sur une terrasse sur le toit à discuter, à écouter de la musique ou à jouer à shit head (jeu de cartes). Un pur bonbon, mon séjour à Udaipur.

Ranakpur

Un Italien et un Espagnol. Je n’ai fait que passer à Ranakpur pour y voir un extraordinaire temple jaïn. J’y ai quand même passé une soirée formidable à discuter et à rire avec un charmant jeune Italien et un quinquagénaire espagnol flamboyant. Et puis un gars de l’hôtel m’a fait faire un super tour de moto dans les environs.

Jodhpur

Madame la Solitude. (Bisou, bisou, Jean-Sébastien Girard!) J’avais tellement hâte de visiter Jodhpur, la petite ville bleue, et son palais. Et pour être beau, ça l’était. Mais intérieurement, j’étais tout croche. Après le cocon amical d’Udaipur, j’ai trouvé très lourd de me retrouver toute seule pendant mes deux jours à Jodhpur. Par contre, au cours des trois mois que j’ai passés en Inde, il n’y a eu que pendant ces 2 jours-là où j’ai vraiment souffert de cette solitude.

Jaisalmer

Commando de nuit et visite de famille. L’Inde, ça peut être crissement exaspérant : la foule, les klaxons, la circulation infernale, les odeurs, le bruit, les vendeurs de ci pis de ça qui houspillent le touriste non-stop. Mais dans le top du top de l’exaspération que j’ai pu expérimenter, Jaisalmer clenche tout le reste. Et pas juste un peu! Ça commence en débarquant du bus, avec 40 chauffeurs de rickshaws qui veulent tous que tu embarques avec eux et qui te tirent par le bras, par le sac. GRRRR! C’est drôle parce que dans cette ville, il y a une boutique qui vend des biscuits au pot. Je me plais à penser que ça doit être suite à un décret gouvernemental, pour détendre le pauvre touriste à boutte qui vient de débarquer sur place! 😉

Mais bon, j’y ai quand même fait quelques belles rencontres. Comme ce grand Allemand avec qui je suis allée manger une bouchée dans une gargote indienne vraiment pas touristique à 23 h. Le serveur ne savait dire que yes mais il était vraiment fier de venir nous dire son mot sur divers tons (Yes? Yes! Yeeeees. Yesss...). Ça a été une occasion formidable de me promener de nuit (ce que je ne fais jamais quand je suis toute seule) dans la ville silencieuse et déserte (wow!) et de n’avoir rien à craindre (il était costaud, le Marco).

Il y a aussi eu Lakshman, ce jeune homme qui m’a fait faire la tournée des plus beaux havelis de la ville. Il m’a aussi amenée dans son village pas loin de là pour me présenter sa famille. Puis Pradeep, mon guide de Delhi, qui était de passage à Jaisalmer et que j’ai retrouvé avec joie.

Mumbai

Où sont les femmes? Je n’avais pas fait de réservation pour le train vers Mumbai, alors on m’a donné une place dans le wagon des femmes. C’était un wagon surbooké et sans places attitrées. Quelle expérience inoubliable et quelle opportunité imprévue de passer du temps avec des Indiennes! Parce que dans le monde du tourisme, de la restauration, des boutiques, c’est surtout aux hommes qu’on a à faire. Il y en avait une qui parlait un peu l’anglais et qui faisait l’interprète entre elles et moi. Quand le train stoppait, des marchands de bijoux entraient dans notre wagon, pour le plus grand intérêt des femmes qui avaient l’air de beaucoup dépenser. Malgré la pauvreté qu’on imagine en Inde, les Indiennes sont toujours bien vêtues et portent toujours des bijoux colorés et dorés.

Pendant le trajet de presque 10 heures, j’ai aussi passé pas mal de temps assise dans la porte du train, les pieds dans le vide, à fumer des beedies (scandale). Je me sentais comme un passager clandestin dans un vieux western américain! Une fois, après un arrêt, un marchand m’a lancé une orange (pour que je la mange là, pas pour m’assommer avec!).

J’ai adoré Mumbai, mais je n’y suis restée que 3 jours. J’y ai quand même fait d’heureuses rencontres. Par exemple, à mon hôtel, j’ai rencontré un Hollandais avec qui je suis sortie souper et prendre un verre un soir. Ça m’a permis de voir le Mumbai by night que je ne me serais pas permise si j’avais été toute seule. Aussi, à la plage de Chowpatti, j'ai joué avec des gamins à ramasser des coquillages. Leur mère, voyant que je ne portais pas de bracelets (toutes les Indiennes en portent), en a enlevés 2 de son bras et me les a donnés. « No bangles?! No possible! », dit-elle. Ça m’a touchée. Ils étaient verts, dorés, kitch à fond et c’était les plus beaux bangles du monde. Dans le même état d’esprit (ou pas), il y a eu cette bande d’ados qui m’a interpellée pour que je regarde l’un des leurs avec la bite au vent. J’ai éclaté de rire et je lui ai crié : “ Your mother would be proud of you, mada chod! (mother f…er en hindi.) Pour contrebalancer, juste quelques mètres plus loin, un livreur de fleurs m’a tendue une jolie rose pendant mon trajet de retour vers l’hôtel. L’Inde et ses contrastes...

Ma prochaine destination : Hampi.

Hampi

Deux anges. À Mumbai, j’avais réservé une place dans un bus de luxe climatisé pour descendre vers le sud jusqu’à Hampi, question de me la jouer pépère pour une fois. Le bus menait à Hospet et de là je prenais un autre transport jusqu’à Hampi. Sauf que ça n’a pas été aussi pépère que prévu. Parce qu’une fois presque rendu à destination, le bus s’arrête…

Tout le monde descend, s’agite, parle en hindi (ou en maharati? En tamoul? En punjabi?). Je ne comprends pas ce qui arrive, mais je vois des gens qui prennent leurs bagages et se mettent à marcher. Alors, je vais voir le chauffeur (qui ne parle pas anglais) et qui me dit en pointant la soute à bagages : « Hospet nahin! » (Hospet, non), puis il dit : « Ten kilometers! » tout en me pointant une direction. Je CAPOTE. Je ne comprends pas ce qui se passe et je me vois mal marcher 10 km avec mon immense sac à dos (que je fantasme de me faire voler depuis mon arrivée) dans cette chaleur intense.

J'essaie de m’informer auprès d’un autre homme qui me répond en anglais qu’il y a une strike, que le bus ne repartira pas avant 6-7 h parce que les gens lancent des roches aux véhicules. Moi je ne savais pas pantoute que strike, ça voulait dire grève. Mais le bout que le monde lance des roches, ça je l’avais compris en estie et j’avais la chienne de suivre les gens sur la route et de me faire lapider!

Je devais avoir l’air paniquée parce que Kiran est venu m’expliquer la situation. Les villageois bloquaient la route un peu plus loin pour protester contre le prix trop bas de la canne à sucre. Il m’a dit que je pouvais laisser mon sac dans le bus (et le récupérer plus tard), puis marcher jusqu’au prochain village d’où je pourrais attraper un rickshaw jusqu’à Hospet. Puis Avinash s’est joint à la conversation et m’a rassurée : les villageois ne s’attaquent pas aux passants, juste aux véhicules. Et nous partons tous les trois. Après juste quelques mètres, mes deux anges-gardiens ont réussi à me faire rire et je me suis sentie rassurée.

Une fois arrivés à destination, on a tous pris une chambre dans le même hôtel et on s’est retrouvés autour d’un repas. Kiran était chrétien et père de famille de 38 ans. Avinash était hindou, 24 ans, étudiant. J’ai perdu la trace de Kiran, mais je suis toujours restée en contact avec Avinash. Au cours des années qui ont suivi, il est venu étudier à Washington, puis il est retourné en Inde où il s’est marié. Il vit aujourd’hui à Delhi et on continue de se donner des nouvelles de temps en temps.

Et un dieu. Hampi, c’est vraiment superbe. Tout le paysage est composé de formations rocheuses intrigantes, comme sorties d’un monde fantastique. On y trouve également les ruines d’un empire grandiose et révolu (palais, étables à éléphants...). Pour bien comprendre ce qui m’entourait, j’ai fait appel à Shiva, un jeune guide. Avec lui, je passerai trois jours passionnants à explorer les lieux, de l’aube au couchant. En plus de me révéler l’histoire des divers bâtiments rencontrés et des gens qui les habitaient autrefois, Shiva était un formidable conteur de la mythologie indienne. C’était un pur bonheur de l’entendre raconter les aventures trépidantes du Râmâyana.

Et ce jeune homme m’en a beaucoup appris sur la dure réalité de la vie en Inde. Comme les enfants qui arrêtent l’école dès qu’ils gagnent quelques roupies avec les touristes, pour se retrouver à l’âge adulte sans éducation et sans avenir. Ou les jeunes femmes qui se prostituent pour nourrir leur famille. Ou les travailleurs des champs qui n’arrivent plus à tenir la cadence arrivés à la quarantaine et qui se mettent à boire leur paie ou qui deviennent saddhus et abandonnent leur famille. Et les frais exorbitants à payer pour le mariage et la dot des filles. Puis la déchéance sociale des veuves, qui ne peuvent se remarier, même si elles sont jeunes.

Shiva était intelligent et sensible et il semblait porter le poids des épreuves de son peuple sur son dos. Dans ses yeux, une tristesse infinie...

Les non-humains

On ne rencontre pas que des humains en voyage. À Rishikesh, par exemple, j’ai fait la connaissance d’un charmant singe qui m’a fienté dessus quand je passais sous un arbre! Et oh combien de singes j’ai pu croiser, observer, craindre, admirer un peu partout! Il y a aussi eu la multitude de petits lézards, d’insectes et d’araignées qui ont été mes colocs tout au long du voyage.

Et puis j’ai fait une virée en chameau dans le désert du Thar (deux jours, une nuit), près de Jaisalmer. J’ai été un peu traumatisée par les bibittes genre scarabées, totalement inoffensives mais nombreuses, qui sont apparues sur les dunes au coucher du soleil. Mais malgré ce petit désagrément inattendu, jamais je n’oublierai la splendeur du ciel étoilé sans aucune pollution lumineuse, ni le silence TOTAL de la nuit.

À Pushkar, je suis devenue amie avec une belle chatte noire et ses petits, vivant à ma guesthouse. Et à Udaipur, il y avait un gros chien noir à ma guesthouse qui gambadait dans la place et qui venait se faire flatter.

Alors, me fourre-je?

Bref, pour reprendre ma question du début : en pensant que, comme en Jamaïque, je ferais des rencontres intéressantes pendant mes 3 mois seule en Inde, est-ce que je me suis trompée? Et bien nope!

Si j’ai choisi de ne pas mettre les photos des gens dont je parle dans ce texte, c’est afin de préserver leur anonymat. Après tout, aucun d’entre eux n’a choisi d’apparaître sur mon site. C’est pourquoi j’ai décidé de publier à la place une galerie de portraits anonymes de ces rencontres.

 

Pour voir plus de photos de ce voyage en Inde de 2006, ça se passe sur mon compte Instagram Isabelle_en_vadrouille!

Pour voir la galerie de portraits de mes voyages en solo :

Laissez un commentaire!

avatar
  Je m'abonne!  
Être informé de