Tu pars en voyage, ma chanceuse?

Les sempiternelles triplettes : la solitude, la chance et la peur

Quand je dis aux gens que je voyagerai seule pour un an, les réactions tournent souvent autour de ceci :

« Toute seule!? Je m’ennuierais bien trop! T’es vraiment solitaire...»

« T’as pas peur?! T’es courageuse...»

« T’es donc bien chanceuse! »

Dans ce texte-ci, je parlerai de la question de la chance.

Pour lire mes articles à propos de la solitude du voyageur en solo:  

Pour lire mon article à propos de la peur de voyager seule:  

1 + 1 = 2

« T’es donc ben chanceuse! », c’est une phrase que je me fais dire souvent. Je comprends qu’on me le dit surtout parce que les voyages en font rêver plusieurs. Après tout, c’est un lieu commun qu’on dit sans y penser (moi-même, je me trouve chanceuse!). Quand même, ça m’agace un peu, des fois. Parce que nope! Il y a zéro chance là-dedans. Tout tient dans une simple équation :

Désir + choix en conséquence + action = Isabelle en vadrouille

C’est pas plus compliqué que ça et tout le monde peut décider d’en faire autant. Mais ça ne m’est pas tombé sur la tête de même, par un coup de baguette magique. Si j’écris ce texte, c’est pour dessiner un portrait plus réaliste de ma « chance ».

Oh que oui, je le veux!

Comme je l’ai déjà écrit sur ce blog, je suis curieuse de notre planète depuis toute jeune. Pour moi, voyager, c’est un appel que je ressens de l’intérieur. Et depuis mon premier voyage toute seule en 2003, quand j’ai compris que je n’avais pas à attendre après personne pour me lancer, j’ai décidé de répondre à cet appel le plus souvent possible. Cela part donc d’un désir sincère profondément ancré en moi.

Mais entre mon désir et sa réalisation, il m’a fallu faire toute une série de choix en conséquence.

L’œuf ou l’enveloppe?

Pour voyager, cela prend de l’argent. Et puisque je choisis depuis plusieurs années de mettre mon fric dans les voyages (et comme je suis très loin de rouler sur l’or), cela veut dire qu’en contrepartie j’en ai moins à investir dans d’autres domaines de ma vie. J’ai donc dû renoncer à certaines choses.

Par exemple, j’ai décidé de ne pas acheter de voiture. Je n’en ai jamais eue. Et je n’en ai jamais ressenti le besoin impérieux non plus parce que j’ai toujours habité des villes où le transport en commun est très efficace.

Et puis je me paie une course en taxi à l’occasion ou une location de véhicule quand j’ai envie de prendre la route (une ou deux fois par année). C’est une sacrée économie. En contrepartie, cela me limite dans mes déplacements. Et cela me rend en quelque sorte dépendante de l’horaire du réseau de transport ou de la personne avec qui je fais du covoiturage. 

Aussi, j’ai rarement acheté de l’ameublement ou des électroménagers neufs. Par exemple, je traîne dans ma chambre la même vieille commode et la même table de chevet, de déménagement en déménagement, depuis l’enfance!

Et j’essaie aussi de m’en tenir au minimum pour les achats de la vie courante. Exemple : je possède le même set de vaisselle (mon premier à vie) depuis plus de 20 ans! Puis, je me contente toujours d’un petit nombre de vêtements et je les porte longtemps. À vrai dire, contrairement à la tendance habituelle, plus les années passent et moins je possède de biens. J’essaie de m’en tenir à ce qui est utile et/ou beau et/ou cher à mon coeur (comme les souvenirs). Et exit tout le reste!

Une poule en liberté

Outre les choix financiers, j’ai aussi pris des décisions permettant une certaine liberté de mouvement. À commencer par celle de ne pas m’embarquer avec une hypothèque.

Dans la même veine, il fût un temps où, pendant plusieurs années, j’ai privilégié les contrats de travail à courtes durées (6 mois, 2 mois, 3 mois, 1 an). L’idée était d’accumuler des sous, puis de pouvoir partir entre 2 contrats. Pour démontrer mon état d’esprit de cette période-là, une anecdote :

Quand j’ai débuté mon actuel emploi, c’était par un contrat d’un an. Et quand ce premier contrat est venu à échéance, ma patronne de l’époque m’a fait venir dans son bureau pour m’annoncer une bonne nouvelle : mon contrat était renouvelé pour 2 ans. Ma réaction? J’ai pleuré!!! Et pas de joie là... J’ai même essayé de négocier la durée du contrat à la baisse! (Je sais, je suis un drôle d’oiseau.)

Cela dit, mon poste est devenu permanent depuis plusieurs années maintenant. En revanche, comme je l’ai déjà mentionné dans un de mes articles, c’est cet emploi qui me permet de réaliser mon projet de sabbatique à voyager parce que mon employeur permet de prendre un congé sans solde après 7 ans de services. Et cette période sans solde, on peut l’absorber sur plusieurs années à même notre salaire. Quant à moi, j’ai choisi de l’étaler sur 3 ans, ce qui fait que pendant 2 ans, on m’aura retiré un tiers de mon salaire pour me le reverser ensuite pendant mon congé.

Autre facteur qui me permet une grande liberté de mouvement : je n’ai pas d’enfant. Mais bien entendu, ce n’est pas pour pouvoir voyager plus librement que j’ai fait le choix de ne pas me reproduire.

Mon projet : une coche plus loin dans le renoncement

Si j’ai dû faire certains choix dans le passé pour pouvoir voyager, jamais je n’ai dû renoncer à autant de choses que pour mon projet de sabbatique.

D’abord, je dois vivre pendant 2 ans avec juste deux tiers de mon salaire habituel. Juste ça, ça change une vie!

À cause de cette coupure de paie, il a fallu que je déménage dans un plus petit appartement. Par conséquent, ça a été le retour à la mini-laveuse ploguée dans l’évier de la cuisine. Et adieu sécheuse, bonjour corde à linge suspendue bord en bord de l’apparte!

Puis comme en plus d’être toujours fauchée il faut que je fasse des économies en vue de mon voyage, ça veut dire que je me prive plus souvent qu’autrement de petites gâteries comme le cinéma, les massages, le coiffeur, les pédicures, l’esthéticienne, tout ça.

La chienne à Jacques

Et que dire des vêtements? Si déjà auparavant je me contentais d’un petit nombre de vêtements seulement, là c’est devenu carrément honteux mon affaire. Parce qu'il y a maintenant deux ans, je me suis donné comme défi de ne pas acheter de vêtements neufs d’ici mon départ, sauf en cas d’extrême nécessité (et mis à part ceux pour mon voyage). Résultat : ce qui était noir est rendu gris, les tissus de mes quelques t-shirts et camisoles sont quasi transparents, mes gants crème sont gris sale avec des mailles partout, mes bas sont troués et, dans l’ensemble, tout est usé à la corde. La seule concession que j’ai faite a été de m’acheter des jeans parce que oui, c’était un cas extrême (si je m’étais gratté une fesse dans mon vieux jean, ç’aurait été le moon assuré!).

Mais c’est cet hiver que j’ai atteint le fond quand mes vieilles bottes m’ont lâchée. Plutôt que d’en acheter des neuves, j’ai accepté de porter une paire de bottes 2 tailles trop grandes qu’on m’a offerte gratuitement... J’ai décidé de prendre la chose avec humour et de les surnommer mes bottes de sept lieues! Mais en réalité, je suis vraiment juste à boutte d’être habillée comme la chienne à Jacques!!! Je m'accroche à l'idée qu'il me faut juste encore un peu de patience et je pourrai sacrer toutes mes vieilles cochonneries aux poubelles avant de partir et puis revenir avec des trucs tout neufs.

Ce n’est qu’un au revoir, mes frères…

Partir un an, ça veut aussi dire renoncer à côtoyer ma famille, mes amis et mon gros Poulet doux (mon matou) pendant un an. Heureusement, trois choses : je retrouverai ma mère pendant deux semaines en Thaïlande en novembre, les réseaux sociaux me permettront de garder un contact étroit avec mes proches, même à distance, et finalement, je pense que mon gros poilu sera bien dans la famille d’accueil que je lui ai trouvée. Malgré tout, je vais vraiment m’ennuyer de mon monde. Mais cela fait partie du deal.

Sainte Isabelle des Martyrs?

Mais là je raconte tout ça juste pour démontrer que c’est loin d’être une question de chance, mes voyages. Je n’essaie vraiment pas de faire pitié (heille, wo!). Parce que je parle ici de renoncer à certaines choses par choix. Et puisque ce sont des choix faits en vue de réaliser mes rêves, je ne les vois pas tellement comme des sacrifices.

Et puis en partant, le jeu des apparences, ce n’est pas mon dada. Alors, que mon intérieur soit meublé simplement, que je doive porter toujours les mêmes vêtements pour un bout, que ma coupe de cheveux soit défraîchie et mon drap suspendu à sécher dans le salon, ça ne me défrise pas. 

Même chose pour ce qui est de l’accumulation de biens. Je suis une adepte soft de la simplicité volontaire. Pour moi, limiter l’achat de biens tient autant d’un choix éthique ou philosophique que pratique. Par exemple, quand j’ai commencé à préparer mon projet, j’avais pensé louer un espace de storage pour y entreposer toutes mes choses pendant mon absence. Mais l’an dernier, après réflexion, j’ai décidé qu’à la place j’allais me départir de presque toutes mes affaires (sauf quelques boîtes d’essentiels). Et au moment où j’ai pris cette décision, j’ai été submergée par une puissante sensation d’exaltation à l’idée de ne posséder presque plus rien! Tellement, que j’ai sur-le-champ commencé à me départir peu à peu de mes choses. Je ne pouvais juste pas attendre... Ça donne idée du genre de gentille weirda que je suis.

Tout cela pour dire que oui, j’ai dû (et je devrai) renoncer à certaines choses pour réaliser mes désirs. Toutefois, je ne considère pas que ce soient des sacrifices. Ce sont des choix assumés.

Envoye, embraye!

En résumé, à partir de mon désir de voyager, j’ai fait des choix en conséquence pour en permettre la réalisation le plus souvent possible. Et ces choix ont exigé un certain nombre de petites privations et renoncements. N’empêche, à chaque fois, pour moi, le plus difficile reste à faire : me lancer dans l’aventure! Parce que de plonger dans l’inconnu, c’est angoissant. Mais comme je l’ai écrit dans mon article à propos de la peur, ce qui me donne la chienne plus que tout au monde, c’est de passer à côté de ma vie parce que j’ai eu peur de la vivre. Alors quand une occasion de partir se présente à moi, je la saisis. Je me répète, mais l'équation est toute simple:

Désir + choix en conséquence + action = Isabelle en vadrouille

Et la chance, dans tout ça, me direz-vous?

Et bien justement…

Laissez un commentaire!

avatar
  Je m'abonne!  
Être informé de