Festival de la Mésaventure: le Bal de la Princesse

Partir en voyage : le rêve?

Les voyages m’ont toujours fait rêver. Et ils continuent de le faire. Mais est-ce que parcourir le monde, cela ressemble toujours au paradis : oh nope! Parce que même si je reviens toujours de voyage enchantée, il reste qu’en cours de route, on est confronté à plein de petits et grands désagréments. Même que des fois, cela peut vraiment mal virer...

Alors, place au Festival de la Mésaventure! Partie 1 : le Bal de la Princesse.

Un caillou dans la sandale

Sans être totalement princesse, je suis forcément habituée à un certain niveau de confort et de stabilité dans ma vie quotidienne au Québec. À l’inverse, voyager, cela veut souvent dire sortir de sa zone de confort et être déstabilisé. Je ne dis pas que c’est mal : j’adore ça! Je dis seulement qu’en voyage, il y a toujours des ajustements auxquels il faut faire face.

Personnellement, l’endroit qui m’a demandé le plus long temps d’adaptation, c’est l’Inde. Cela a été tout un choc, à ma première visite. Et pour plein de raisons. Mais pas besoin d’aller aussi loin pour être déstabilisé, non plus. Où qu’on aille, il faut s’adapter.

French kiss

En partant, débarquer quelque part quand tu ne connais pas la langue locale, c’est pas toujours simple.

Par exemple, mon premier vrai voyage (comme adulte autonome, je veux dire), c’était en Allemagne, après l’université. Et malgré que c’était en Europe, j’ai quand même vécu un petit choc culturel et perdu mes repères! Oui, oui, un choc culturel en Allemagne!

Parce que cela m’a complètement déroutée au début de ne pas comprendre les panneaux indicateurs à l’aéroport, les menus des restos, les enseignes, les vitrines, ni rien. Et de ne pas comprendre les gens, surtout! Je pensais avec angoisse : « Tout le monde parle en bruits!!! ». J’avais pourtant quelques notions d’allemand (je venais de prendre un cours à l’université). Mais c’est une toute autre histoire que d’entendre parler de vrais spécimens dans leur milieu naturel.

Aujourd’hui, ce n’est plus quelque chose qui me décoiffe. J’en ai vu d’autres, depuis. Et après tout, avec l’anglais (et un léger talent de mime), on se débrouille pas mal n’importe où. Ce que je trouve encore frustrant, par contre, c’est de ne pas pouvoir m’exprimer avec toutes les nuances de ma langue maternelle. Mais bon, mon anglais est rendu pas pire pantoute et mon abonnement à Netflix contribue à le perfectionner de jour en jour. Quoi que là, un certain défi m’attend pendant ma vadrouille: le aussie! On saura bientôt si mon oreille s’adaptera bien à l’anglais d’Australie. G’day, mate!

Retour à la case départ

Une autre affaire pour déstabiliser une simili princesse, c’est que quand on arrive à quelque part de nouveau, des choses toutes simples de notre quotidien nécessitent tout à coup un apprentissage. Par exemple, utiliser le transport en commun.

Wiesbaden (Allemagne), 1998 : je monte dans un bus de ville avec mon petit change dans la main et je le tends au chauffeur. Il me regarde comme si j’étais une échappée de l’asile et il me dit, sur un ton bête-extrême, une phrase en bruits. Je reste plantée là sans rien comprendre (avec une petite envie de pleurer qui monte). Puis, le chauffeur bête-extrême se met à cogner comme un perdu sur une petite tablette, pour faire comprendre à l’échappée de l’asile que je suis de déposer la monnaie dessus. Voilà comment j’ai appris à prendre le bus en Allemagne.

Heureusement que cela ne se passe pas toujours comme ça et que le monde est plein de gens patients et attentionnés (même avec une échappée de l’asile comme moi).

Quand est-ce qu’on arrive, Grand Schtroumpf?

Je suis le genre de fille qui apprécie le trajet autant que la destination. Pour cette raison, j’essaie toujours de me placer du côté de la fenêtre (ou du hublot) et je bouffe des yeux chaque kilomètre qui s’amène. D’ailleurs, je suis rarement capable de dormir dans le transport. À moins que ce soit sur un trajet mille fois parcouru ou pendant une nuit noire (parce que s’il y a des étoiles, je me perds dans la contemplation du cosmos). Et à celui qui me dira : « On ne voit rien dans l’avion, que des nuages. », je répondrai : « QUE des nuages?! » Parce que c’est le genre de personne que je suis.

N’empêche…

Oui, voyager demande de la patience pendant les transports. Il est vrai qu’on passe beaucoup de temps à attendre son avion, son autobus ou son train. Et qu’ils sont parfois en retard. Puis que la durée des trajets est parfois longue (train Amritsar-Varanasi : 22 heures de bonheur! Ou pas.). Et que le confort n’est pas toujours au rendez-vous, non plus. Et qu’en plus, à la clé, on peut souffrir de décalage horaire.

Bref, bou-hou-hou…

Crasse et pollution

Aussi, on ne retrouve pas partout les mêmes standards de propreté. La première nuit que j’ai passée à Delhi, c’était dans un hôtel assez luxueux. Ce qui m’a frappée en arrivant dans la salle de bain, c’est que le comptoir (en marbre) était tout poussiéreux et sale. Et voilà la vue depuis ma fenêtre :

Bienvenue en Inde! La poussière, la saleté (voire l’insalubrité), la vaisselle douteuse, les crachats rouges de paan (genre de truc avec du béthel, légèrement narcotique, que certains Indiens mâchent et recrachent), les bâtiments à l’architecture incroyablement magnifique, mais qui tombent en ruine, les bouses partout, fraîches ou aplaties et mises à sécher (pour être utilisées comme combustible), les animaux dans les rues (vaches, singes, porcs, chiens galeux, etc.)… Cela demande une phase d’adaptation. Mais en prime, cela m’a fait arrêter de me ronger les ongles! Et puis après avoir vécu  quelques jours dans une chambre à 2 $ ayant une salle de bain pareille :

Il n’y a plus rien à mon épreuve!

Aussi, au Québec, on est vraiment privilégiés avec notre environnement plutôt sain. Même à Montréal, je ne me suis jamais sentie atteinte par la pollution. Mais par une Delhi tout embrumée de smog, oui. Et à Varanasi, ils vaporisent de l’insecticide (?) dans les rues et tu as tout intérêt à éviter le nuage toxique… Mais l’endroit où j’ai été la plus frappée par la pollution, c’est à Istanbul. La circulation y est extra dense et des fois t’as juste envie de te cacher le nez dans un foulard (c’est pourtant le seul défaut que j’ai trouvé à cette ville exceptionnelle).

On les prend pour acquis

L’électricité et l’eau courante potable, on les prend pour acquis. Pourtant, on fait face à des coupures de courant fréquentes dans beaucoup de pays, comme l’Inde. Quant à l’eau potable, elle est parfois défaillante et il faut la consommer embouteillée dans certains pays, comme l’Inde (hé oui, encore elle!). Le nombre de bouteilles de plastique qui s’accumulent dans ce pays est hallucinant! De quoi culpabiliser toute personne ayant la moindre fibre écolo.

Autre affaire qu’on prend pour acquis : le service à la clientèle. On est habitué à être servi vite et bien, avec le sourire en prime. Bien cela ne se passe pas toujours comme cela à l’étranger (ni ici, d’ailleurs, à bien y penser!). Des fois il faut exercer sa patience en mosus. Soon come! (Ouin, ouin...)

La bibitte a’ monte, a’ monte...

En voyage, on rencontre aussi toutes sortes de drôles de petites bêtes. Et là je ne fais pas référence au sympathique dude aux cheveux verts croisé dans un café... Je parle des insectes, des araignées et des petits animaux comme les lézards, les souris et les rats. Je suis très tolérante avec les lézards et j’accepte sans problème de les avoir comme colocs (même si je les watch!).

Mais les souris et les rats, c’est non. Il a fallu que je déménage de chambre une fois, en Inde, quand j’ai réalisé que le tissu suspendu au plafond était plein d’excréments! Et une fois j’ai mis mon sac à dos en consigne à la gare de Delhi. Quand je l’ai repris, j’ai réalisé que sur les tablettes sur lesquelles sont déposés nos sacs, plusieurs rats courraient à travers les bagages. Brrrrrr!

En vérité, l’Inde a été pour moi un excellent prof de sang-froid. Parce que presque partout j’avais des colocs geckos et que j’y ai vu tellement de bibittes étranges et d’araignées. Et puis, toute seule dans ma chambre, je n’allais quand même pas me mettre à hurler comme une hystérique à cause d’un insecte louche. Il fallait que je prenne sur moi et que soit je l’expulse (ou que je l’extermine), soit je l’accepte. La plupart du temps, j’ai accepté de partager l’espace avec eux. Après tout, que je me disais, ils sont plus chez eux que moi, ici! D’ailleurs, c’est une tolérance qui m’est restée parce que, depuis ce voyage, je ne tue que très rarement les insectes trouvés chez moi ou ailleurs.

À titre d’exemple du genre de leçons de sang-froid apprises en Inde : une fois, à Pushkar, j’étais dans une bécosse avec toilette turque quand je me suis aperçue que j’étais observée par une grosse mante religieuse verte à juste 30 cm de moi. Je n’allais quand même pas sortir en criant au secours, les culottes baissées! Alors après le premier sursaut d’effroi, je me suis contentée de regretter de ne pas avoir mon appareil-photo sur moi pour immortaliser ce moment cocasse.

Quelques drôles de petites bêtes :

Tord-boyaux

Je l’ai déjà écrit : il faut être fait fort pour visiter l’Asie (entre autres). Parce que ça te bousille une flore, mes amis! Tellement qu’au cours de mes deux voyages en Asie, je me suis retrouvée plusieurs fois à jaser caca avec de purs étrangers! Ce n’est pas peu dire...

Mais au-delà de ce petit souci habituel et inévitable, j’ai eu le grand plaisir (ou pas) de gérer une solide intoxication alimentaire pendant un trajet Delhi-Varanasi de 22 heures. J’ai passé la nuit couchée sur le plancher dégueulasse du train, devant la porte des toilettes puantes (ou la tête dedans), avec une dégaine de zombie et sans plus de fierté aucune.

À un moment, quand le train s’est arrêté, j’ai fait signe à quelqu’un sur le quai et je lui ai soufflé : « Juice, juice... » J’étais complètement déshydratée et sans force. L’homme n’a pas dit un mot, mais il est revenu avec un Coke froid, avant de repartir, toujours sans un mot. J’en ai pleuré de gratitude et je l’ai bu avec avidité. Bien sûr, mon corps l’a aussitôt rejeté.

Au matin, j’ai été découverte gisant là par les gens de mon compartiment, qui ont été formidables. Ils ont fait venir un médecin dans le train au stop suivant et je suis persuadée que si je n’avais connu personne à Varanasi, ils m’auraient ramenée chez eux. Mais, coup de chance extraordinaire, j’y connaissais quelqu’un! Une ancienne collègue, installée là-bas pour quelques mois. On avait justement prévu de se rencontrer. Mes sauveurs m’ont prêté leur téléphone pour que je l’appelle et elle m’a accueillie à la gare. Elle m’a aidée à marcher, parce que j’étais dans un état de grande faiblesse. Elle m’a aussi trouvé une chambre. Et une clinique médicale (sous-texte : petite pièce malpropre avec une chaise et un bureau fermé avec un médecin à l’intérieur!). Ensuite, j’ai dû rester plusieurs jours au lit, affaiblie. Mais tous les jours, elle est revenue pour s’occuper de moi. Puis elle m’a apporté à manger. Elle m’a apporté de la lecture. Et elle m’a tenu compagnie. (Marie-Pier, je n’oublierai jamais ce que tu as fait pour moi.)

Mon worst case scenario

Alors, si on me demandait ce qui me fait le plus peur, en voyageant toute seule, je répondrais ceci : être vraiment malade et n’avoir personne pour prendre soin de moi.

MAIS, la vie est bien faite en maudit!

Parce que la seule fois où une pareille situation s’est produite au cours de mes voyages, c’est justement la seule fois où quelqu’un de ma connaissance pouvait m’aider. Coïncidence? Je ne suis pas sûre de ça... De toute façon, si Marie-Pier n’avait pas été là, je pense que la gentille famille indienne aurait pris soin de moi cette fois-là. Conclusion : j’ai décidé de croire que si jamais je tombais vraiment malade en vadrouille, quelqu’un sera justement là sur ma route, au bon moment, pour veiller sur moi.

Ah, les gens…!

Voyager avec quelqu’un, cela peut être vraiment le fun. Mais cela peut aussi être assez pénible, merci. À titre d’exemple, mon dernier voyage en couple ne s’est vraiment pas bien passé. Pour résumer en quelques mots: partis en amoureux, revenus en malheureux.

Mais ce n’est pas pour cette raison que j’adore autant voyager toute seule. Ce que je préfère dans le voyage solo, c’est d’être totalement disponible pour aller à la rencontre d’inconnus. En contrepartie, le côté plate de cela, c’est que les gens rencontrés ne font souvent que passer sur notre chemin et qu’on doit continuellement s’en séparer. Des fois, c’est douloureux.

Autre exemple de situation que je trouve plate, des fois, au niveau social, c’est que quand j’arrive à quelque part de nouveau où je ne connais personne (ce qui est généralement le cas), je ne peux pas  tout simplement passer un coup de fil à un ami pour aller boire un café et jaser. Pour obtenir ça, il faut d’abord que je fasse l’effort d’entrer en relation avec un inconnu. Des fois, c’est beaucoup demander à une sauvageonne comme moi.

Mais surtout, ce que je trouve le pire, c’est que, sauf exception, il n’y a jamais personne qui m’attende à l’aéroport ou sur le quai de gare. Cela me fait un petit pincement, des fois, que personne ne soit là pour m’accueillir. Je le sais, je suis bébé lala, mais c’est ça pareil que je ressens, des fois. Heureusement, c’est un privilège qui m’attend à chaque retour à la maison (et que je reçois le cœur gonflé de gratitude).

Choc du retour

Et parlant de retour au bercail, il n’est pas toujours facile de rentrer chez soi après avoir voyagé. Quand je suis revenue de Jamaïque après 2 semaines en 2003, maudit que je trouvais donc que tout le monde courait partout, pour rien! Depuis ce voyage, je m’observe aller et je me rappelle à l’ordre quand je me surprends à courir pour rien.

Aussi, quand je suis revenue d’Inde après 3 mois en 2006, l’atterrissage a été plutôt difficile. Il faut dire que mon père vivait alors ses dernières semaines de vie. Mais, de surcroît, j’ai trouvé cela très confrontant de revenir dans une société de surconsommation et de gaspillage. En plus, c’était juste un peu avant Noël, avec ce que cela peut avoir de futile et de too much toute. Méchant contraste avec la grande pauvreté et le manque de ressources dont je venais d’être témoin là-bas. C’est d’ailleurs à partir de là que j’ai commencé à vouloir vivre avec moins : moins de trucs à posséder, moins de stress, moins d’énergie gaspillée sur des affaires qui n’ont pas d’importance.

Les voyages nous changent...

Voilà qui met fin au Bal de la Princesse. Pas assez rock n’ roll pour se scraper une mise en pli, n’est-ce pas? Toutefois, le prochain bal du Festival de la Mésaventure sera un peu plus hardcore. Place au Bal des Vampires… (Wouha ha haaaaa!)

Pour lire le Bal des Vampires:  

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