Festival de la Mésaventure: le Bal des Vampires

Partir en voyage : le rêve?

Les voyages m’ont toujours fait rêver. Et ils continuent de le faire. Mais est-ce que parcourir le monde, cela ressemble toujours au paradis : oh nope! Parce que même si je reviens toujours de voyage enchantée, il reste qu’en cours de route, on est confronté à plein de petits et grands désagréments. Même que des fois, cela peut vraiment mal virer...

Alors, place au Festival de la Mésaventure! Partie 2 : le Bal des Vampires... (Wouha ha haaaaa!)

Pour lire mon article précédent, le Bal de la Princesse:  

Oh, la belle prise!

Se faire avoir, cela fait malheureusement partie du lot du voyageur. Où que l’on aille, les petites arnaques et attrape-touristes sont fréquentes. Ne serait-ce qu’au niveau des prix, par exemple. Il est certain que le montant demandé pour un repas ne sera pas le même dans un quartier touristique que celui demandé un peu plus loin des attraits principaux d’une ville. Il faut sortir un peu des sentiers battus, donc.

Parfois, aussi, des chauffeurs de taxis ou de rickshaws essaient de nous faire loger dans tel hôtel ou magasiner dans telle boutique pour obtenir une commission (ou un coupon d’essence, en Thaïlande). Il s’agit alors d’être ferme et de savoir où l’on s’en va.

Ou encore, à certains endroits, il faut subir le harcèlement de vendeurs en tous genres qui insistent pour nous vendre leurs bébelles ou leurs services. Des fois, il faut vraiment apprendre à respirer par le nez.

Personnellement, qu’on me demande de payer plus que la population locale pour quoi que ce soit, qu’on essaie de faire une piastre de plus sur mon dos pour une commission ou qu’on insiste beaucoup pour que j’achète quelque chose, cela ne me défrise pas. Mais cela se peut que rendue au 60e dude en une minute qui me crie « Boat, Madam? », j’aie envie de lui lancer ma sandale par la tête, par exemple! Parce qu’on s’entend que cela peut être crissement exaspérant de se faire apostropher tout le temps. N’empêche, les gens essaient juste de gagner leur pain. C’est de bonne guerre, je trouve, et j’essaie de garder cela en tête.

Doux comme le Cachemire

Maintenant, je vais mettre mon orgueil en berne et raconter la fois où je me suis faite magnifiquement fourrer (n’ayons pas peur des mots) à Delhi. J’en rougis encore de honte (et un peu de plaisir, je dois dire)…

C’était en 2009. J’étais partie toute seule pour 7 ou 8 semaines. J’allais d’abord 3 semaines en Turquie, puis je débarquais en Inde, à Delhi. Mon projet était de me rendre directement à Varanasi en train. Je revenais en Inde spécialement pour elle, cette ville avec ses ghats sur le Gange, dont je rêvais depuis toujours.

Alors je suis à Delhi et je me dirige vers la gare pour acheter mon billet de train vers Varanasi. À quelques mètres de l’entrée, un type m’intercepte. Il me raconte que la gare est en rénovation (en effet, j’entends tout une symphonie de drills et de marteaux) et que la section touriste a été temporairement déplacée à quelques rues de là. Puis, il me dit qu’il est embauché pour y conduire les gens en rickshaw, que c’est gratuit. Au fond de moi-même, je trouve cela douteux. Mais je fais taire mon instinct et je le suis (Isa, WTF??? Faire taire ton instinct, c’est NON!).

Je me retrouve donc dans un immeuble pas loin de la gare. L’endroit a des allures officielles, avec des inscriptions rassurantes comme Government Tourism Office (genre). Je dis au type qui me reçoit que je veux un billet de train pour Varanasi. Il pitonne sur son clavier et me répond que tous les trains pour Varanasi sont malheureusement pleins pour les 4 prochains jours. Il me propose alors un forfait vers le Cachemire (en attendant, tsé...): l’aller en avion, 2 nuits sur une maison-bateau (ou un bateau-maison? En tout cas, une boat house!), différentes excursions incluses, retour en jeep.

Le Cachemire, c’est un État tout au nord de l’Inde, dans l’Himalaya. Il est réputé pour sa grande beauté, d’une part. D’autre part, il est tristement connu pour des attentats liés à ses revendications d’indépendance (l’État est principalement musulman et cherche à quitter l’Inde principalement hindoue). Bref, ça brasse de temps en temps là-bas, l’armée indienne y est très présente et il faut un visa spécial pour y entrer.

Je n’aurais pas entrepris de démarche pour y aller, mais malgré tout, j’ai accepté l’offre de forfait avec beaucoup d’enthousiasme. Parce que tous les gens qui sont allés au Cachemire s’entendent pour dire que les paysages y sont spectaculaires. Et cette offre me permettait en quelque sorte d’y aller tout en étant « encadrée ». Bien sûr, je savais au fond de moi que la gare de Delhi devait être ouverte malgré les rénovations et que je m’étais faite enfirouapée en me laissant conduire à ce « bureau de tourisme ». Et j’étais pas mal sûre aussi que le type mentait en me disant que les trains pour Varanasi étaient tous bookés pour les 4 prochains jours. Pourtant, j’ai choisi de me laisser prendre au jeu et je suis partie de bonne grâce pour le Cachemire.

C’est seulement une fois à destination que j’ai compris qu’il y avait une sous-crosse à cette arnaque. Comme je l’ai dit, le Cachemire est en région montagneuse. Et on était début novembre…

Hahahah! C’était ça, la sous-crosse : on était complètement hors-saison touristique et il commençait à neiger! Donc, le (faux) bureau de tourisme « encourageait » le tourisme au Cachemire avant que l’hiver prenne pour de bon là-bas. Sauf que le premier jour, il neigeait tellement fort qu’en route pour visiter je ne sais plus quel endroit plus au nord, on a dû rebrousser chemin parce que la route a été fermée! Par contre, on m’a prêté bottes et manteau dégueu pour me tenir chaud (parce que je n’avais que des vêtements d’été, bien sûr) et ma chambre était chauffée au poêle à bois. Je n’ai donc pas souffert du froid.

Au final, je dois admettre que, paradoxalement, je suis vraiment contente de cette arnaque! C’était superbe, le Cachemire et j’y ai vraiment passé du bon temps. Et puis le froid, la neige, on s’entend que j’en avais vu d’autres d’en la vie. Pour voir quelques souvenirs en images et pour quelques anecdotes supplémentaires à propos de mon passage au Cachemire, cela se passe sur mon compte Instagram.

Le bad trip total

Mais toutes les arnaques ne sont pas soft…  La plus grande frousse de ma vie, ça se passe en Jamaïque.

J’ai déjà raconté que mon premier voyage en solo, c’était en Jamaïque. J’y avais fait la connaissance d’une famille jamaïcaine avec qui j’avais passé le plus clair des deux semaines de mon séjour (lire cet article). J’ai adoré mon voyage. Sauf que l’avant-veille de mon départ...

Je suis sur le site du petit cottage où je logeais. Les cottages sont situés directement sur la plage de Negril. Une simple clôture sépare la propriété privée de la plage publique. Je suis avec Kevin, mon ami jamaïcain. On est étendus chacun sur notre chaise longue. On vient de regarder le soleil se coucher et on se laisse bercer par le chant de la mer. Un moment parfait! Qui a viré au cauchemar...

Trois agents de police passent devant nous, du côté de la plage publique. Ils s’arrêtent et interpellent mon ami. Je ne comprends pas trop ce qu’ils disent parce qu’ils parlent en créole jamaïcain. Ils entrent sur la propriété privée et se dirigent vers lui. Je demande : « What’s going on? » Ils m’ignorent. Ils le fouillent et ne trouvent pas ce qu’ils cherchent. Je comprends qu’ils cherchaient du weed quand l’un d’entre eux lui sent les doigts et que, sous prétexte qu’ils sentent le cannabis, il lui demande de les suivre. Et c’est ce que Kevin fait, sans résister, sans argumenter. Et je les suis. Mais une fois passés du côté public de la plage, cela dégénère aussitôt...

Ils se mettent à battre mon ami!!! Ils le ruent de coups au visage, dans les côtes, avec leurs matraques, avec leurs pieds, avec leurs casques durs. Une SOLIDE dégelée.

Je suis tellement stupéfaite par cette violence soudaine que j’ai un choc nerveux et mes bras deviennent engourdis et comme paralysés pendant un temps. Je crie, je crie, je crie : « STOP! », « LEAVE HIM! » Je sanglote.

Cela ne dure pas plus d’1 minute, puis ils partent avec lui. Entre le moment où les policiers sont arrivés et le moment où ils sont partis avec mon ami, ils m’ont complètement ignorée. C’est comme si j’avais été transparente. Sauf que quand j’ai voulu les suivre à ce moment-là, l’un d’eux m’a dit : « You wait here. » Je suis alors retournée à mon cottage en tremblant.

Une heure ou deux plus tard, Kevin est revenu et j’ai nettoyé ses blessures. Il m’a montré sa convocation à la cour pour le mardi suivant. Pour en finir avec cette histoire de marde, il a fallu que je paye 100 $US à un officier de police qui a prétendu s’appeler Mister White (Yeah, right!) pour éviter à Kevin de passer en cour et risquer amende ou emprisonnement. Parce que même si, je le répète, RIEN d’incriminant n’a été trouvé sur mon ami, cela n’a pas empêché qu’il soit tabassé et incriminé pour autant.

Alors voilà. Les dollars, on s’en tamponne royalement. Mais toute cette violence, juste pour extorquer un peu d’argent à un touriste? Mais l’abattement profond qui se lisait sur le visage meurtri de mon ami, ce soir-là? Ça... Ça... Cela me fait encore pleurer aujourd’hui en écrivant ces lignes.

... Sans rancune!

Peu importe les désagréments auxquels j’ai été confrontée en voyage, il semble que mon esprit s’empresse de les oublier sitôt de retour à la maison. Un peu comme après un accouchement (à ce qu’on dit) : je dépose le bébé sur mon coeur et j’oublie sur-le-champ la douleur des contractions. Je dis cela parce qu’en relisant mes vieux carnets de route, j’ai redécouvert plein de mésaventures et de coups de gueule oubliés. Je dis ça aussi parce que même si j’y ai vécu l’un des événements les plus traumatisants de ma vie, quand je repense à la Jamaïque, c’est toujours avec attendrissement.

Au fond, toutes les mésaventures qui me sont arrivées m’ont appris quelque chose, que ce soit sur moi-même, sur les autres ou sur la vie en général. Et je crois que cet apprentissage-là est important, voire primordial, si je veux avancer et devenir quelqu’un de meilleur.

Pour faire un parallèle avec l’incident jamaïcain, ce que j’en retiens, c’est qu’il m’a permis d’obtenir un portrait plus complet de ce pays. Parce que non, la Jamaïque n’est pas que plages de sable blanc, paysages éblouissants et délicieux jerk chicken. La Jamaïque a aussi sa part de violence et de corruption. Ce terrible événement me l’a rappelé durement. Et ce que j’ai vu sur le visage de mon ami ce soir-là m’a aussi permis de prendre la mesure de son désir de fuir sa terre natale et de mieux en comprendre le fondement. Le résultat de tout ça, donc, c’est que j’ai acquis une meilleure compréhension de ce pays et que j’ai développé pour son peuple un plus profond respect et davantage de compassion. C’est énorme. Et précieux. Pas mal plus que 100 piastres US...

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