Inde: Kochi

L'angoisse du retour

Je ne sais pas pourquoi, mais autant depuis mon départ je me sens relaxe et détendue quand vient le temps de partir pour un pays encore inconnu, autant je me suis sentie nerveuse quant à mon retour en Inde. Pourtant, j’y suis déjà venue deux fois et j’adore ce pays! Mais l’Inde peut tellement être stressante, étourdissante et compliquée. C’est peut-être de là que provenait mon angoisse.

Par contre, quand j’étais à Chiang Mai, j’ai contacté Sivan, une Israélienne rencontrée en Inde en 2006. Je la savais là-bas en ce moment (à cause de Facebook) et elle m’a confirmé qu’elle serait à Pushkar jusqu’en mars. Me voilà donc avec une éventuelle date à Pushkar, une petite ville sacrée du Nord où j’ai déjà passé une dizaine de jours, pour revoir une vieille connaissance. Yé!

Aéroport nocturne

Autre chose qui me stressait par rapport à mon retour en Inde, c’est que mon vol arrivait vers minuit à Kochi et que je ne pouvais pas prendre possession de ma chambre avant 14 h. J’avais donc décidé de passer la nuit à l’aéroport pour y attendre le matin avant de me rendre à destination. C’était plus sécuritaire que de débarquer en ville en pleine nuit.

Heureux hasard (mais je crois moins aux hasards qu’au fait que la vie est juste bien faite), comme j’allais sortir du terminal à l’arrivée, une jeune Vietnamienne, Cheang, m’a abordée. Elle aussi devait passer la nuit à l’aéroport pour attendre un vol vers Mumbai au matin. On a donc passé la nuit à jaser ensemble et elle m’a appris quelques mots de vietnamien. Sur son compte Facebook, elle se décrit par ces mots : «Cute, Friendly, True, Kind and Ambitious!» et cela lui va très bien. Une jeune femme épatante que je reverrai peut-être à Danang, dans son pays natal, au printemps.

Après ma longue nuit de veille à l’aéroport, j’ai donc pris, au matin, un taxi vers Kochi. Dans les aéroports indiens, il y a généralement des comptoirs de pre-paid taxi. Tu dis où tu vas, tu paies, tu attends la prochaine voiture disponible et tu remets ton billet au chauffeur. C’est facilitant parce que les prix sont fixes donc tu n’as pas besoin de négocier le prix de la course avec le chauffeur.

Lost in translation

Mon chauffeur était très gentil et il me racontait des histoires sur ce qu’on croisait en chemin. L’affaire, c’est que je comprenais à peu près un mot sur dix-huit! Pas grave. J’avais le sourire fendu jusqu’aux oreilles («Je suis en Inde!!!») et je dévorais le paysage des yeux.

Alors on roule, on roule, puis il s’arrête en me disant qu’on doit prendre un bateau. Moi, j’ai aucune idée de quoi il parle. Je pose des questions mais je ne comprends pas ses réponses. Je descends de l’auto et je le suis, incertaine, vers le quai d’embarquement. Il y a plein de monde et je me demande bien ce qu’on fait là. Plus tard, j’ai compris que pour se rendre à Fort Kochi, on peut soit prendre le traversier, soit un pont. Étant donné l’heure, mon chauffeur a peut-être voulu éviter le trafic du matin sur le pont.

Bref, je suis arrivée sur l’autre rive avec la tête en point d’interrogation tout en pensant : «Belle rencontre, excitation, imprévu, incompréhension, doute… Oui, je suis bel et bien de retour en Inde!» C’est comme une planète à part, ce drôle de pays. Cela te rentre dedans à la seconde où tu y mets les pieds.

Et finalement le chauffeur m’a bien accompagnée à pied à mon hôtel à quelques minutes de là.

Arrivée à Kochi

Je suis arrivée à mon hôtel complètement brûlée vers 9 h. Sans pouvoir prendre possession de ma chambre, j’ai au moins pu y déposer mon gros sac. Avant de partir marcher aux alentours pour patienter en attendant de pouvoir crasher dans mon lit, j’ai pris le temps de fumer une clope devant l’hôtel. J’y ai fait la connaissance du staff, tous très gentils. Il y avait un gars avec eux, Bobby (un Indien). Il m’a proposé de m’accompagner pour boire le meilleur chai de la ville. Pourquoi pas? Et oui, il était délicieux. Après on a fait un tour à moto dans les rues autour. Puis ma chambre était prête et j’ai fait une bonne sieste.

Le soir, comme les trois soirs suivants, Bobby me rejoignait sur le toit de l’hôtel pour discuter. Il parlait de l’ayurveda, de l’Inde. Il mettait de la musique indienne shanti, shanti et on passait quelques heures douces dans la chaleur de la nuit. Un soir, il y a eu un de ces orages tropical de fou! La terrasse sur le toit était recouverte d’un toit de chaume et le son de la pluie qui y tombait était sublime. On est juste restés là, sans parler, à écouter la symphonie de la nature. Magique.

Le temps de vivre

À mon deuxième jour à Kochi, j’avais juste envie de me reposer. J’ai marché aux alentours, mais pas pour visiter. Je voulais juste trouver un endroit pour acheter de la bouffe et du papier de toilette (il n’est généralement pas fourni en Inde, donc tu traînes ton rouleau).

Le surlendemain, même feeling. J’avais réservé pour 4 nuits à mon hôtel, mais j’ai décidé de rester plus longtemps, considérant que je n’avais pas vu grand chose au bout des 5 jours. Bobby m’a alors aidée à trouver une autre chambre parce que mon hôtel du départ était complet. Ma nouvelle chambre était super et pas chère (moins de 10$), avec des étoiles et planètes fluorescentes au plafond, en prime, et de jolis oiseaux qui venaient butiner l'arbre en fleurs à ma fenêtre.

Alors les 4 nuits prévues au départ se sont prolongées. Sept, dix, douze, quinze nuits. Et tous les jours, le même feeling... Tous les jours, je suis sortie pour marcher un peu, manger ou acheter à manger. Pas pour visiter. J’ai même rarement sorti l’appareil-photo de mon sac (quand je l’apportais). Pas même quand j’ai croisé des beaux chats… Je ressentais le besoin de vivre l’instant au lieu de tenter de le capturer.

États d'âme indiens

Ce qu’il y a, c’est que je me sentais bien à Kochi. Si mon retour en Inde m’angoissait, en réalité, je m’y suis tout de suite sentie dans mon élément. J’ai eu envie de me poser, de faire comme si j’étais chez moi, sans plus. Et je n’ai écouté que cette envie. J’ai donc lu, écrit, fait la lessive, dessiné des mandalas pendant des heures, vaché devant Netflix (paraît qu’il paie des taxes, ici. Bizarre…), écouté de la musique, dansé, bu du thé, trop fumé, réfléchi… Je ne cherchais pas tant à visiter qu’à vivre ma vie, tout simplement.

Ce que je n’ai pas tellement fait, par contre, c’est donner de mes nouvelles... Parce que parmi mes réflexions, il y a eu le constat que bien que je sois partie depuis plus de cinq mois, je n’ai jamais passé ne serait-ce qu’une semaine complètement déconnectée de mon entourage au Québec. Et tout à coup j’ai ressenti un puissant désir de couper la communication afin de me retrouver vraiment seule dans ma bulle et totalement ICI et MAINTENANT.

Parce que depuis que je suis en vadrouille, j’ai toujours gardé un pied sur mon continent natal. Et à force d’être écartillée comme ça entre deux pays, j’ai fini par avoir mal à la laine (comme dirait l’autre), faut croire.

De toute façon, le wifi était trop instable pour préparer des articles. Alors le timing était parfait pour me retrouver dans ma bulle un moment.

Kochi

Kochi est une ville située dans l’État du Kerala, en Inde du Sud. C’était une colonie portugaise autrefois et on en trouve des traces architecturales. Et c’était l’endroit parfait pour renouer avec l’Inde. Plutôt tranquille, pas trop de bruit, pas trop de trafic (les Indiens klaxonnent TOUT LE TEMPS).

Et les gens étaient vraiment gentils là-bas. Une journée, je me suis perdue dans le dédale des rues et j’ai demandé mon chemin à deux femmes aux grands sourires. L’une d’elles m’a caressé la joue doucement. Cela m’a touchée.

On trouve plein de vieilles églises à Kochi. Il faut dire qu’ici, comme dans tout le Kerala, toutes les religions se côtoient. On y trouve synagogues, temples hindous, églises, mosquées… Alors un dimanche, je suis allée à la messe de 17h30, qui se célèbre en anglais à la cathédrale Santa Cruz. L’église était bondée et magnifique. Mais ce que j’ai surtout aimé, c’est qu’entre les segments de la célébration, ils faisaient jouer des tounes full country-western, tout droit sorties de l’Amérique profonde. J’ai bien essayé de me recueillir pendant cette messe, mais les tounes, c’était juste trop hilarant! Zingneling zingneligneling Praise The Lord Amen!

Et une journée, à la terrasse d’un café, j’ai fait la connaissance d’un jeune Britannique très cool, Nicky. Il donne des cours de yoga à Goa alors je l’y reverrai peut-être là-bas.

Sud vs Nord

Le Kerala est un État riche, avec une population plus éduquée qu’au Nord de l’Inde.

Le premier constat que j’ai fait, c’est à quel point les Indiens du Sud ont la peau plus foncée qu’au Nord.

Deuxième constat : mes quelques notions d’hindi ne me seront d’aucune utilité au Sud. Même namaste, on ne dit pas ça ici. Les langues et dialectes parlés sont différents de ceux du Nord.

Aussi, j’ai remarqué que les Indiens du Sud portent plus le dhoti (une espèce de jupe que les hommes portent soit jusqu’aux chevilles, soit aux genoux - voir Google Images) qu’au Nord, sauf dans certains villages du Rajhastan (État du Nord).

Isabelle en fuite

Le 22 décembre, j’ai pogné une fit. Je suis revenue en sueur de faire mes courses cet après-midi-là (il faisait autour de 33 degrés Celsius accoté là-bas, peu importe l’heure du jour ou de la nuit) et j’ai ressenti tout à coup un urgent besoin de fraîcheur. Marre de suer des bajoues, marre de la luxuriance verte! Je voulais qu’il neige! Je rêvais de m’emmitoufler dans une couverture de laine. Alors j’ai décidé que le Kerala et Goa pouvaient attendre : je m’enfuyais au Nord!

C’est comme ça que j’ai décidé d’allé rejoindre tout de suite mon amie Sivan à Pushkar au lieu d’attendre février comme prévu. D’abord parce qu’il ferait moins chaud à Pushkar, mais aussi parce que ce serait super d’avoir de la compagnie pour le temps des Fêtes.

Alors j’ai acheté un billet d’avion vers Delhi pour le lendemain matin! Et quel buzz incroyable d’acheter un billet d’avion pour le lendemain sur le coup d’une impulsion!!! De Delhi, je prendrais ensuite le train vers Pushkar (vers Ajmer, la ville d’à côté, en fait, puis de là-bas un rickshaw jusqu’à Pushkar).

Merci facteur!

Avant de quitter l’Indonésie, à Ubud, j’avais posté un petit colis contenant des trucs inutiles qui embourbaient mes bagages et une foule de souvenirs indonésiens et australiens. On m’avait dit que mon paquet mettrait deux à trois mois pour arriver à destination (chez ma mère). Et depuis que je l’ai mis à la poste, je croise les doigts pour qu’il arrive sans problème. Cela m’aurait tellement déçue de perdre mes souvenirs!

Et bien me voilà le petit cœur tout réjoui parce que mon colis est enfin arrivé. Je suis excitée d’avance à l’idée qu’au retour, je l’ouvrirai pour y redécouvrir les trésors qui y sont cachés.

Cap sur la fraîcheur

Je suis restée 15 jours à Kochi et pourtant je n’y ai presque rien visité. L’endroit est joli, avec sa plage et son port, par contre. Et il y a plein de choses à voir aux alentours… Malgré tout, cette fois-ci, je me suis contentée de m’y sentir bien, sans aller plus loin. Cela explique pourquoi j'ai très peu de photos à partager.

Mais une fois rafraîchie, je retournerai sans doute au Kerala et j’y repasserai peut-être, appareil-photo en main.

En attendant, le 23 décembre, je me suis donc enfuie vers Delhi, la terrible. Dans mon prochain article, je raconterai mon passage essoufflant dans la capitale indienne.

À bientôt!

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Johanne Vincent

Vraiment contente d’avoir de tes nouvelles. Bonne année 2018 santé bonheur paix amour et pleins de projets xxxxxx