Inde: Pushkar

Tchou-tchou

Le 26 décembre, à l’aube, j’ai pris le train pour Ajmer. J’arriverais à destination vers 13 heures. Tôt le matin, le paysage sous le brouillard était très beau.

En contrepartie à cette beauté, en Inde, par les fenêtres du train, il n’est pas rare de voir des gens accroupis, culottes baissées, en train de libérer leur trésor le long des rails. C’est une image qui saisit, la première fois! Avoir des canalisations pour les installations sanitaires, cela nous paraît la base, mais on oublie que ce n’est pas le cas partout dans bien des pays du monde.

Pushkar

Une fois à la gare d’Ajmer, j’ai pris un rickshaw jusqu’à Pushkar, à une trentaine de minutes de là. J’avais visité Pushkar en 2006 et j’avais adoré cet endroit. J’y étais restée une dizaine de jours.

Pushkar, c’est une petite ville construite autour d’un lac sacré. Elle se situe dans le Nord de l’Inde, dans l’État du Rajasthan. Ce qui caractérise cet État, c’est qu’il se trouve dans le désert du Thar. Et Pushkar est renommée parce que c’est une ville sacrée hindoue. Des pèlerins de partout en Inde viennent s’y recueillir.

#facebookmagic

J’étais très contente de venir y retrouver Sivan, mon amie Israélienne. Mais en fait, je ne me rappelais presque rien de Sivan, rencontrée en 2006. Après tout, on ne s’est côtoyées que quelques jours, à Baghsu, il y a onze ans! Mais durant toutes ces années, on est restées en contact grâce à Facebook et de temps en temps on a échangé quelques mots.

Malgré qu’on se connaisse très peu, quand j’ai contacté Sivan, elle semblait vraiment heureuse à l’idée de ma venue et elle m’avait réservé une chambre dans la même guesthouse qu’elle.

On s’est donc retrouvées le soir de mon arrivée et, d’emblée, on s’est mutuellement appréciées. On a des conversations hallucinantes et j’aime bien son énergie.

J'ouvre la valise!

Je venais à Pushkar en anticipant le plaisir de la compagnie de Sivan. Et le plaisir est encore plus vif que prévu.

Je venais à Pushkar avec l’espoir d’y prendre le frais. Et mission accomplie! Le soir de mon arrivée, Sivan a dû me prêter une veste parce que je n’étais pas équipée pour faire face au froid (parce que j’ai perdu mon coupe-vent en cours de vadrouille).

Je venais aussi à Pushkar juste pour la revoir, cette mignonne petite ville. Et quand, à mon arrivée, je suis sortie faire quelques courses, le coup de cœur que j’avais eu pour elle s’est renouvelé.

Autre point positif, j’ai tout de suite aimé ma guesthouse (Raghav Resort). Elle est située à deux minutes du centre, mais pas dans le brouhaha de la ville. Puis, elle est construite au centre d’un grand terrain planté d’arbres et de plantes. Et ma chambre est super. Grande, lit confortable, table, fauteuil, sofa, rangement, balcon.

Pour toutes ces raisons, quand je me suis réveillée après ma première nuit là-bas, je savais déjà que j’y resterais collée pour longtemps.

Faire son nid

Il semble qu’en Inde, l’expression «faire la chambre» signifie passer un coup de balai sur le plancher! Alors la première chose que je fais en arrivant dans une nouvelle chambre, c’est d’épousseter et de nettoyer tout ce qui se trouve au-dessus du sol avant de placer mes affaires.

Puis, considérant mon intention de m’installer ici pour un bout, j’ai fait en sorte d’améliorer mon confort. Par exemple, j’ai approvisionné mon coin cuisine en vaisselle, thés/tisanes et grignotines. Aussi, question de mettre ma touche personnelle dans mes nouveaux quartiers, j’ai décoré un peu. J’ai accroché au mur mes dessins de mandalas et j’ai acheté des chandelles, de l’encens et de jolis bols décoratifs.

Grosse laine

Surtout, ça me prenait un plan d’attaque pour contrer le froid. Parce qu’à ce temps-ci de l’année à Pushkar, il fait 20-25 degrés Celsius durant le jour (gros soleil et ciel bleu). Mais quand le soleil part, le mercure descend entre 5 et 15 degrés Celsius.

Alors ça me prenait des bas chauds (trouvés à moins d’un dollar) et quelques chandails à manches longues (à 4 $). Et pour me couvrir, j’ai opté pour une petite couverture en laine au lieu d’un manteau. Il faut dire qu’en Inde, je passe totalement inaperçue avec mes bas dans mes sandales, mes pantalons bouffants et ma couverture enroulée autour de mes épaules!

Néanmoins, la pièce maîtresse de mon installation, sans laquelle je ne pourrais pas supporter le froid de mon nid, c’est ma petite chauffrette (un gros investissement de 7 $) qui réchauffe mes soirées et certains matins frisquets. Parce qu’il n’y a aucun système de chauffage dans la plupart des foyers indiens. En prime, l’appareil éclaire la chambre, le soir, d’une jolie lumière oranger. Mais chut! Ne me dénoncez pas à la patronne…

Un éléphant sur mon balcon?

Je suis folle de mon balcon. Tout l’après-midi, le soleil y plombe. Je m’y assois pour lire, mais je ne lis jamais plus de deux lignes. C’est que devant moi, les arbres me donnent tout un show. Plein de tamias qui jasent, qui jouent, qui mangent, des papillons colorés, plein de variétés d’oiseaux, aussi, dont des perroquets et les fameux angry birds.

Ce balcon, je le partage avec ma voisine de chambre, Pavla. Cette femme d’une soixantaine d’années vient de République tchèque, mais vit en Suisse. Je parlerai d’elle plus en détails un peu plus loin.

Puis une journée, j’ai reçu sur mon balcon une visite aussi inattendue que merveilleuse. Un éléphant? Nope. Un singe!
 
Tout de suite après avoir pris cette photo, je me suis dépêchée de fermer la porte de ma chambre pour ne pas qu’il entre. Ce qui est extraordinaire, c’est que les singes reviennent de temps en temps. Des fois ils sont 4-5 à courir sur le balcon. Fascinant! J’en reviens juste pas! Et quand ils ne viennent pas jusque-là, je les observe qui se baladent sur le mur d’enceinte de la guesthouse. Oh que j’aime ma vie…

Végétarisme hindou et prohibition

En raison de son côté sacré, on ne trouve pas de viande au menu des restos de Pushkar, l’hindouisme prônant le végétarisme. Quelques restos servent des œufs, par contre. En ce qui me concerne, cela ne me pose aucun problème. N’empêche qu’hier, je regardais un show de télé où quelqu’un mangeait un gros cheeseburger avec bacon et je dois admettre que j’ai dû essuyer un petit filet de bave coulant sur mon menton!

Malgré ce craving passager, il n’en demeure pas moins que j’aime tous les légumes et que je trouve que la bouffe indienne est la meilleure du monde. Je ne me tanne pas de cette cuisine savoureuse. Je mange comme une princesse ici, tout en payant le prix d'une mendiante.

Également, l’alcool est prohibé ici. Si l’on veut en acheter, il faut aller à Ajmer. Il est quand même possible d’en boire dans certains restos, mais avec discrétion, et ce n’est pas indiqué sur les menus. Mais en réalité, je n’ai pas consommé d’alcool depuis mon arrivée en Inde.

Étrangement, il est plus facile de trouver de la drogue ici (hash ou mari). On voit couramment des joints s’allumer dans les cafés, les restos. Il faut dire qu’en Inde, les saddhus ou baba (hommes saints hindous) se promènent souvent avec leur chillum (pipe) et que le cannabis est considéré comme un cadeau de Shiva. Cela doit expliquer en partie l’espèce de tolérance envers les drogues douces qu’on constate dans certaines villes de ce pays.

Routine indienne

Je suis à Pushkar depuis trois semaines. Vous dire à quel point je suis heureuse ici! Tous les jours, je me répète que j’aime ma vie. J’y ai établi ma petite routine tranquille.

Par exemple, tous les jours je sors m’acheter un lot de bananes pour le déjeuner du lendemain. J’achète aussi des légumes frais que je déguste en salade pour le souper quand je n’ai pas envie de sortir au resto. Mais il n’y a pas d’épicerie ici. Pour acheter les fruits et légumes, il faut se tourner vers les marchands ambulants qui se postent au centre de la ville. Et chaque jour quand je vais en ville, je distribue les pelures de bananes et les retailles de légumes de la veille aux vaches. D’ailleurs, si les vaches indiennes sont généralement maigrelettes, celles de Pushkar sont bien dodues.

Pour m’approvisionner en eau, je remplis mes bouteilles vides à la fontaine d’eau potable située juste à la sortie de mon gîte. Plus besoin d’acheter des bouteilles d’eau, donc. Et plus besoin de feeler cheap à cause de tout ce plastique qui ne sera pas recyclé. Parce qu’en Inde, il n’y a pas de collecte des ordures ni de recyclage. Chacun fait brûler les siennes. Et les gens d’ici jettent leurs cochonneries par terre tout le temps. Bref, le sol est couvert d’ordures mais cela n’a pas l’air de déranger les gens du coin.

Avec le temps, je découvre aussi mes marchands et restos préférés. Comme cet homme qui vend des gâteaux succulents dans son kiosque ambulant. Après avoir goûté son crumble aux bananes, Sivan a trouvé les mots justes pour décrire l’expérience : «It’s like heaven WITH a foot massage!»

Vie sociale à Pushkar

À ce temps-ci de l’année, c’est la basse saison touristique à Pushkar. Trop froid. Mais la ville est bien plus agréable comme ça. Elle est presque tranquille (pour l’Inde!). Je pense que cela facilite les contacts avec les Indiens. En tout cas, j’adore ça me promener en ville et me faire saluer d’un hochement de tête, d’un namaste ou d’un ram ram par les gens. Et certains commencent à me reconnaître. Quelques-uns m’appellent même par mon nom et me saluent en français. Et moi aussi, j’en connais certains par leur petit nom.

Également, j’adore Sivan et Pavla et je passe du bon temps avec elles. En plus, elles me font rencontrer d’autres personnes (touristes ou Indiens) qu’elles-mêmes connaissent. Alors ma vie sociale à Pushkar est riche de belles rencontres.

Mais laissez-moi vous parler un peu plus de ces deux femmes formidables.

Sivan

Au moment où j’écris ces lignes, cela fait plus de 3 semaines que je suis à Pushkar. Ma relation avec Sivan s’est développée. Chacune respecte l’espace de l’autre, mais il passe rarement plus de 2 jours sans qu’on se retrouve pour un souper, un chai, une escapade en rickshaw pour visiter un temple ou un autre. 

Sivan est une Israélienne de 43 ans qui gagne sa vie par le Web. Elle est amoureuse de l’Inde et elle aspire à s’y installer pour de bon. Elle y revient chaque année pour plusieurs mois. Adepte de yoga et de méditation, c’est une fille exubérante, chaleureuse, ouverte et directe. Elle porte des vêtements à l’indienne très colorés et a toute une collection d’ornements autocollants pour le front et les yeux.

Étant donné qu’elle est seule ici, avec des amis qui passent et repartent à l’occasion, elle est vraiment contente d’avoir une amie de fille sous la patte avec qui jaser. Et sa compagnie me fait beaucoup de bien aussi. Je suis en vadrouille depuis six mois et j’apprécie sincèrement d’avoir une amie disponible autour de moi pour un long moment. Alors on fait un bon match.

 

Pavla

Pavla, c’est ma voisine de chambre. Elle a une soixantaine d’années. Elle est née en République tchèque, mais elle a dû fuir son pays dans les années 70 à cause d’une guerre. Elle habite la Suisse, maintenant. C’est une maniaque de moto (et de vitesse) et depuis sa retraite officielle, son boulot, c’est chauffeur de bus de tournée pour deux groupes de rock!

J’aime beaucoup Pavla. Elle est tellement attentionnée qu’après m’avoir entendue tousser, une journée, elle m’a apporté des pastilles.

Malheureusement, après avoir passé 5 semaines à Pushkar, elle est rentrée chez elle aujourd’hui. Sa compagnie sur le balcon va me manquer. Mais je ne suis pas prête de l’oublier parce qu’avant de partir, elle m’a laissé tout un tas de trucs comme deux tasses, du shampoing, de la crème hydratante, du savon à lessive, alouette! Et surtout, elle m’a légué son balai. C’est clairement un Nimbus 2000 et je suis sûre de gagner le prochain tournoi de quidditch!

Sur la photo ci-dessous, Pavla joue les effrayées parce qu’on s’apprêtait à monter à bord d’un téléphérique. Un téléphérique EN INDE : de quoi avoir une légère frousse!

‘Til we meet again, Pavla!

Réflexion sur le retour

J’ai réfléchi à la question de mon retour ces jours-ci. J’en ai conclu qu’il vaudrait mieux pour moi de rentrer au Québec fin avril plutôt que fin mai comme prévu. Je sens que j’aurai besoin de temps pour décanter la dernière année, pour atterrir. Et puis il faut que je trouve un apparte, que je m’y installe. Il vaut donc mieux que je revienne plus tôt que tard. Dans les prochains jours, je passerai donc quelques coups de fil et je fouinerai sur le Web pour trouver un appartement.

Accro à l'Inde

Quant à la suite de ma vadrouille, j’ai comme le feeling qu’il est en train de m’arriver exactement ce que je «redoutais» si je mettais les pieds en Inde, c’est-à-dire de rester collée ici jusqu’à la fin! Le temps saura démentir (ou non) cette impression. Par contre, je sais déjà que je devrai quitter Pushkar éventuellement parce qu’après le temps frais, la canicule suivra en mars (du 40 degrés Celsius accoté). Je partirai peut-être alors vers les montagnes de l’Himachal Pradesh. Enfin, sab kuch milega (tout est possible)!

J’ai encore 1000 choses à raconter sur la magnifique Pushkar, mais pour l’instant, je m’arrête ici. Dans le prochain article, j’expliciterai toutes les raisons qui me font adorer cette ville et ma vie ici. En attendant, je retourne à mon bonheur.

À bientôt!

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Johanne Vincent
Invité
Johanne Vincent

Bonjour Isabelle
Profites de tout ces moments de bonheur. Xxxx

Danielle
Invité
Danielle

Bonjour Isabelle, tu as l’air confortablement installée et en bonne compagnie. Enjoy mon amie! Bon j’ai eu de la misère avec le CAPTCHA… Je te le jures, Isabelle, je ne suis pas un robot 🙂