À bientôt Pushkar!

Pushkar last call

J’ai quitté Pushkar pour Bhagsu le 14 mars dernier. Pendant ma dernière semaine là-bas, j’ai occupé une partie de mon temps à organiser mon départ et à faire certains achats. Mais surtout, j’en ai profité pour me bourrer les yeux de beauté et la face de délices locaux.

Les derniers jours, mes sorties dans le centre, je les planifiais le matin et à partir du déclin du soleil d’après-midi. Parce que le soleil était torride (voire torréfiant!). Mais on a eu droit à un spécial météo une journée : trois minutes de pluie!

Marcher dans un tableau

Elle est tellement belle, Pushkar! J’ai l’impression que je pourrais y passer une vie à la prendre en photos à temps plein et continuer à la trouver intéressante visuellement. Je ne peux pas mettre autant de photos que je le voudrais sur mon site, mais sur Instagram, par contre, je me lâche lousse. Cela vaut la peine d’aller y faire un tour pour un plus large aperçu de la beauté des lieux.

Aussi, jusqu’ici je n’avais pas encore présenté officiellement le lac sacré de Pushkar. Je me reprends aujourd’hui. Et je n’avais pas encore montré le beau gurdwara (temple sikh) non plus. Le voici donc aussi.

Isabelle chez le barbier

À Pushkar, les barbiers sont parfois aussi masseurs. On m’avait recommandé un de ceux-là, alors je suis passée le voir pour une séance. Ce barbier s’appelle Shanti. Quel nom tout désigné pour un massothérapeute!

L’expérience vécue dans ce barber shop était unique. D’abord, je me suis assise dans la chaise et Shanti m’a massé la tête après avoir mouillé mes cheveux avec de l’eau et de l’huile. Puis il m’a vaporisé de l’eau à plusieurs reprises dans le visage avant de le masser avec de la crème.

Parenthèse. Je ne sais pas pourquoi, mais ça a quelque chose de presque insultant, de se faire vaporiser de l’eau dans la face. Assise là entre deux coups de pouche-pouche, je me suis dit que jamais plus je ne ferai subir ça à un chat tannant pour qu’il perde une mauvaise habitude. Fin de la parenthèse.

Sur la chaise, il m’a aussi massé les épaules et le dos. Ensuite, il m’a fait allonger (toute habillée, bien entendu) sur un banc pour me masser le dos, les bras, les mains, les pieds.

Mais ce qui rend cette expérience originale tient en plusieurs détails. Comme le fait qu’entre la partie sur chaise et celle couchée, Shanti est allé nous chercher deux chai! Et à la toute fin, il est retourné chercher du chai et des sucreries.

En ce qui concerne le massage en tant que tel (très agréable, cela dit), il avait ceci de particulier que Shanti m’a fait craquer à peu près tout ce qui peut craquer sur un corps!

Et la finale s’est faite debout. Il m’a fait craquer toutes sortes d’affaires en me soulevant de terre de différentes façons (un peu comme pour faire la cloche). Puis est venue la grande finale : il m’a sacré quelques bonnes claques dans le dos qui ont résonné comme des coups de gong!

Il y a plusieurs vidéos de barbiers-masseurs sur YouTube. Même mon Shanti y est. Alors si vous êtes curieux de voir ça, la vidéo suivante montre Shanti qui vaporise la face d’un client avant de le masser.

Urgences de la panse

Dès que ma date de départ vers Bhagsu a été fixée, mon cerveau aussi a pogné le fixe : une fixation pour la bouffe! Je voulais, avant de partir, une dernière dose de tel plat, tel resto, tel marchand de goodies, telle friandise… Un peu d’indulgence pour une gourmande, quoi.

D’abord, c’est clair que je devais retourner manger un cashew nut curry au Raju Garden & Restaurant, où le gentil Dalmatien est venu se faire flatter un peu. By the way, sur la photo, on voit Sivan, les mains jointes. C'est qu’elle a l’habitude de dire une prière avant de commencer ses repas. «Thank you for the food. Thank your for the people who grow the food. Thank you for the people who cooked the food, thank you for the good energy brought by the food…» Cela me plaît bien et j’ajoute mon grain de gratitude personnel à cette prière quand on est ensemble.

Près du temple sikh, il y aussi une petite gargote sans prétention qui sert une cuisine savoureuse. J’y suis repassée avant de partir. Mais j’en parle surtout parce qu’une fois, pour plaire à Sivan, le cuisinier a mis du black salt dans son hot ginger honey. Son plan de séduction n’a pas fonctionné. Parce que le sel noir, c’est supposé être bon pour la santé, mais c'est comme un sel sulfuré. Alors non seulement le breuvage de Sivan sentait le pet aux œufs pourris, mais il goûtait le pet aux œufs pourris aussi! On a bien ri.

Menoum la crèmaglace!!!

Puis il y a ce glacier magique, que j’ai été forcée de revisiter deux fois. Des saveurs aussi originales que subtiles comme cardamome et safran, citronnelle, pistache et orange confite, rose et cajou. Mon glacier préféré, jusqu’à ce que je découvre mon vrai de vrai glacier préféré au monde! Dans son tout petit kiosque sur roues, une seule saveur : cardamome (et orgasme papillaire). Si vous passez à Pushkar et reconnaissez ce kiosque bleu, lâchez tout et courrez-lui après! 20 roupies (50 cennes) de hummmm et de hummmmmm.

J’ai aussi découvert une sucrerie céleste, toute en lipides et en glucides jouissifs. C’est un marchand qui me l’a offert gratuitement («The first one is free! Come back for a chai and a chat sometime…»

Cacophonie indienne

Ah, l’exaspérante Inde! Je ne sais pas pourquoi, mais les Indiens ont vraiment un amour du bruit qui surpasse les capacités normales d’un tympan humain en santé.

J’ai déjà parlé des mariages aux processions tonitruantes. Mais que dire des maudits klaxons! Et toutes les raisons sont bonnes pour les faire carillonner. En fait, ma conclusion est que les chauffeurs trouvent juste ça le fun de faire entendre leur bolide, raison valable ou pas.

Des fois, je deviens vraiment stressée juste à marcher dans la rue. Parce que je te fais de ces sauts! Ici, il y a autant de variétés de sonneries de klaxons que de teintes de bouses sacrées. Ceux des rickshaws, motos, autos sont plutôt ordinaires, quoi que puissants. Mais ceux des camions et autobus sont épouvantables. On les entend jusque sur la Lune (fake news?).

Pour vous donner une idée de la puissance sonore de certains klaxons, je vous invite à écouter les vidéos suivantes. Gardez en tête que je suis sur mon balcon, vraiment loin de la rue. Soit je suis en train de filmer un bel oiseaux chantant, soit je voulais garder un souvenir audio de cette belle musique nocturne, soit je filmais un singe à fesses rouges bondissant d’arbre en arbre (et se faisant engueuler par un perroquet furieux du dérangement). Et tout à coup les klaxons de fou…

D’ailleurs, j’ai une théorie à partager à propos des Indiens et du bruit. Un soir que j’étais avec Sivan, il y a eu des feux d’artifices (toutes les raisons sont bonnes pour faire du bruit ici et les feux d’artifice sont courants, comme lors des mariages, etc.). On a toutes les deux fait un saut quand les premiers ont éclaté. Sivan s’est demandé tout haut comment ça se faisait qu’en 2018 on n’ait pas encore trouvé de façon de faire des feux d’artifices silencieux. Voilà donc ma théorie à ce propos… Je suis sûre que les Indiens ont un lobby puissant qui veille à ce que les feux d’artifices continuent à éclater bruyamment. Ils doivent même avoir une équipe de chercheurs dédiée à les faire encore plus pétaradants, en rajoutant du bruit artificiellement!

« Ils sont fous ces Indiens! »

Sourire de héros

Je vous présente le chai-wallah qui fût mon héros trouveur de portefeuilles (crédit photo Sivan Senior). Ce grand sourire faisait partie de ma vie d’ici. Sa mère, aussi. Tellement gentille. Et avec une sacrée barbe! Hahaha! Et le seul mot d’anglais qu’elle connaissait, c’est yes (au moins c’est positif). Alors à tout et pour tout, sa réponse était yes. Avec des fois un geste du doigt qui faisait non en même temps! Irrésistible.

Les dernières nouvelles de Balconville

Mon plus grand coup de cœur pushkarien, cela aura bien sûr été mon balcon. Le nombre d’heures émerveillées que j’y ai passées! Ma dernière découverte, c’est le cri des singes à face noire. Une journée, une dizaine de singes étaient dispersés sur le terrain de mon gîte. Soudainement, l’un d’eux (un grand et fort, probablement un chef de bande) s’est enfui en courant vers le mur d’enceinte, d’où il s’est mis à lancer des appels à ses troupes. Impressionnant! Pour entendre sa voix puissante, c’est par ici.

Et puis voyez ces singes jouqués en haut de ces arbres. Tout le long j’ai eu peur que les branches trop frêles cassent sous leur poids. Et regardez la photo suivante : on dirait un artiste-peintre, pinceau à la main, contemplant son œuvre!

Un resort unique

Si je reviens à Pushkar un de ces jours, je reviendrai m’installer dans le même gîte, Raghav Resort («resort»! Hahaha!). Parce que le grand espace qu’occupe mon gîte est vraiment magnifique et plein de vie.

Ma chambre est située dans la grande maison familiale (j’ai placé un cœur sur ma porte sur la photo). On y trouve Ragu et son épouse Sita (proprios, la cinquantaine), leur fils, sa femme et leurs deux enfants (Prince, 6-7 ans, surnommé Babu et un petit bébé tout neuf). Mais aussi, plusieurs vieillards, dont le grand-père et probablement des grands-oncles (?), et quelques employés habitent sur place. Cela me plaisait bien, cette ambiance familiale. Le garçon qui fait ses devoirs, la grand-mère qui chante des berceuses au bébé, Ragu qui regarde les nouvelles à la télé...

Sur une autre partie du terrain, des paons viennent se réfugier à la cime de grands arbres. Au crépuscule, on les voit arriver, planant jusqu’à leurs arbres. C’est tout un spectacle de voir voler ces gros oiseaux!

Et parlant de spectacle, le gîte loue à l’occasion une partie de son espace pour des mariages ou des événements spéciaux (quand je dis que c’est un immense terrain…). Comme un soir, il y a eu un spectacle de charité plutôt cool avec des performances amateur. Deux mariages ont aussi été célébrés pendant mon séjour. Et en Inde, on peut s’inviter à un mariage parce que généralement les touristes y sont les bienvenus. J’ai donc squatté un de ceux-ci un soir et je me suis bourrée de chai et de dosas croustillants (un dosa, c’est un genre de crêpe très mince, plat typique de la cuisine du Sud du pays).

J’en profite aussi pour ajouter quelques photos de la flore qu’on trouve sur le gîte. D’habitude je vous bombarde de photos de fleurs, mais à Pushkar, il n’y en avait pas tant. Par contre, plus la chaleur augmente et plus elles se montrent le pistil. Et voyez les drôles d’appendices qui ont l’air de chenilles sur la photo ci-dessous? Ce sont des fruits délicieux (une fois mûrs, ils prennent une teinte blanc-jaune) qui poussent dans un arbre et qui goûtent un peu la fraise.

Au solitaire indien: respect!

La maison familiale indienne est multi-générationnelle. Y cohabitent les grands-parents (voire les arrières-grands-parents), leurs fils, les épouses de leurs fils, ainsi que les petits-enfants. Les filles, elles, partiront vivre dans la maison familiale de leur époux.

Et là je dis maison, mais souvent tout ce beau monde s’entasse dans un petit espace, partageant parfois à eux tous le sol d’une même pièce pour dormir.

D’où la réflexion suivante qui m’est venue : mais comment font les gens portés sur la solitude pour survivre dans ce pays? Étant solitaire moi-même, je ne peux pas m’imaginer vivre à huit dans la même pièce, sans intimité aucune (en tout cas pas sans perdre la boule). Alors c’est quoi le truc de survie du solitaire Indien?

En tout cas, je pense que je sais ce que je ferais si j’étais un homme solitaire d’ici. J'enfilerais mon pagne, puis je quitterais mon monde, deviendrais baba et je me dépêcherais de me trouver une grotte dans les montagnes pour y vivre! C’est la version hindoue de mon fantasme récurrent du shack perdu dans le bois, loin de la civilisation.

Le dernier slow

J’ai passé ma dernière matinée à Pushkar sur mon balcon. Un matin parfait. Le temps était frais, avec une douce brise. Puis le gang des fesses rouges est venu m'offrir une dernière représentation avant mon départ. Un gros show avec effets spéciaux!

Et presque tous mes petits chéris à plumes sont passé me dire au revoir. Comme un de ces superbes colibris bleu métallique, qui m’a permis de faire de lui un long photoshoot au lieu de batifoler sans arrêt. Et ce superbe corbeau.

Mais après la dernière danse, le départ officiel… À 14 h le 14 mars 2018, je prenais le train pour Pathankot. Fin de l’épisode pushkarien.

Au son de la clochette, retourner le microsillon sur sa face B pour entendre la suite des aventures d’une vadrouilleuse en Inde. «Ding!»

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Loyise

Je ne sais pas quand tu reviens, je ne veux pas le savoir et je ne veux pas que tu reviennes parce que je vais m’ennuyer de tes articles, tes histoires quotidiennes, tes coups de coeur et cette vie remplie de couleurs de toutes sortes. Tu fais vivre à plein de gens, au travers tes yeux, des aventures impossibles pour eux. Tu es un soleil, un oiseau exotique, une crème glacée à l’orange.
Merci Isabelle, merci pour tout toi !