Les chroniques de Pushkar 4

Démangeaison

Je suis à Pushkar depuis deux mois et j’y suis toujours heureuse. Sauf que… Le pied me démange! C’est qu’il fait de plus en plus chaud. Et cela change tout. Au lieu de passer des après-midi à me réchauffer au soleil sur le balcon, il faut que je ferme les rideaux pour me protéger du soleil brûlant du désert. Cela explique en partie pourquoi je n’aurai pas de nouvelles de Balconville à transmettre cette semaine.

Alors partir ailleurs? Oui, c’est ce que je ferai très bientôt. La chaleur me chasse vers la fraîcheur himalayenne de l’Himachal Pradesh, un État du nord du pays. Et je crois que ma prochaine destination sera Bhagsu, un village à flanc de montagne près de Dharamsala. Je devrais y partir à la mi-mars (en compagnie de Sivan, possiblement) et y rester jusqu’à mon départ début mai.

Un chez-moi québécois

Une chose d’importance pour moi s’est décidé cette semaine, qui me rend à la fois toute joyeuse et joyeusement traumatisée: un appartement m’attend à Longueuil-sur-mer pour le premier mai!

C’est que récemment, j’ai contacté mon ancien proprio, puis ma mère a visité deux appartes pour moi et signé mon bail. Les divisions du logement m’importaient peu (après tout, ce ne sont que des murs à l’intérieur desquels je poserai mes affaires pour un temps), mais j’ai demandé une photo de la vue du balcon. À chacun ses priorités!

Et je suis comblée. De la nature et pas de voisins en face. En fait, des voisins, oui, mais bien tranquilles : c’est un cimetière! Et puis c’est dans mon ancien quartier, que j’aimais bien. Et le futur ex-locataire me laisse ses poêle-frigo pour pas cher: un casse-tête de moins.

Alors je suis toute joyeuse à l’idée d’avoir trouvé mon futur nid. En même temps, je suis joyeusement traumatisée parce que ce futur me pend au bout du nez comme une guédille agaçante. Il est juste là, trop proche, à me chatouiller la paix de l’esprit.

Mais bon, j’ai un nouveau chez-moi! Et je suis sûre que je serai heureuse de m’y retrouver une fois le choc du retour passé.

J'ouvre les écluses

Je mets beaucoup de temps et d’amour sur mon blogue. Je le trouve beau, je suis contente de mon travail et j’adore écrire des articles. Par contre, ces jours-ci, plein de problèmes techniques sont arrivés l’un après l’autre. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais disons juste que j’ai d’abord fait une mise à jour qui a défiguré la page d’accueil, que j’ai eu des problèmes de sauvegarde, que mon hébergeur de site m’a demandé de réduire le poids de mon site, suite à quoi j’ai supprimé des fichiers importants… AAAAAAAARGH!

Alors j’ai craqué. KAPOW!

Cela s’est passé une journée qui me semble un parfait exemple du classique « j’aurais donc dû rester couchée »...

La journée qui tue

Je viens de me rendre compte que j’ai supprimé des données importantes sur mon site. Je panique. Il faut vite que je restaure une ancienne version de sauvegarde. Mais c'est à ce moment-là que je réalise qu’il y a aussi eu un problème avec les derniers backups. Panique une coche au-dessus. Puis pow! Panne d’électricité. Cela tombe bien, ma tablette est justement à 15% de vie… Je ne peux donc plus travailler. Grrrr!

Alors je me dis fuck le site pour l’instant, je vais manger des délicieux momos en attendant. Mais à son coin de rue habituel, aucune trace du momo-wallah. Alors je me dirige vers le resto Radhee Ji, que j’aime beaucoup. Pour le trouver fermé lui aussi. Calvaire… «Au moins je vais aller à côté acheter le papier de toilette dont j’ai besoin», que je me dis. Alors je marche jusqu’à mon habituel marchand. Il est fermé. Là mon presto intérieur a des envies d’explosion.

Bon, vraiment pas ma journée! Pas grave, je vais à un autre petit resto que j’aime beaucoup, je commande mon poha pour apporter et je reviens vers mon gîte. Et juste au moment où je me dis que le vent est peut-être en train de tourner dans ma journée de marde (le poha sent tellement bon), le coup de grâce m’est porté…

Un pigeon me chie sur le bras. 

Cela m’a tuée. J’ai ri très fort pendant quelques secondes, comme une demeurée. Avant de pleurer ma vie.

Ma mousson intérieure

Tout au long de ma vadrouille, j’ai surtout pleuré de joie. Et voilà qu’à deux mois du retour, quelques banals problèmes techniques avec mon blogue sont venus répandre le contenu de mes barils de larmes non utilisées. Il faut dire aussi que la nouvelle du bail signé est venue bouleverser mon petit cœur de pomme.

Ce qui fait que je me suis retrouvée dans un vortex émotif de fou! Une semaine de crises de larmes intermittentes. J’ai braillé sur mes problèmes techniques. J’ai braillé sur le temps qui passe trop vite et m’obligera bientôt à quitter mon bonheur pushkarien. J’ai braillé sur l’imminence de la fin de ma vadrouille. J’ai braillé sur mon retour au travail (oups! Là j’ai eu un petit régurgit). J’ai braillé sur ma condition injuste de non-rentière (un boulot sur mesure pour moi, pourtant. Qu’est-ce qui s’est passé? Qui n’a pas reçu le mémo? Mauvaise communication interne céleste, c’est ça?). Et tant qu’à y être, j’ai aussi braillé sur les valises à refaire bientôt et toutes autres tâches connexes!

Entre deux averses, les éclaircies

Bref, la semaine passée, c’était ma saison des pluies. Clairement pas ma meilleure semaine de l’année, mais en même temps, cela m’a vraiment fait du bien de sortir mon trop-plein émotif. Pleurer, c’est apaisant, libérateur et sain, je trouve.

Mais la semaine n’a pas été qu’averses passagères. Entre deux séances de braillage, j’ai essayé de comprendre comment régler les problèmes de mon site, patiemment. Et petit à petit, j’ai réussi à le réparer. Fierté!

Et puis une journée, on toque à ma porte et c’est Sivan : «Chai and a hug, darling?» Tellement sweet.

Et j’ai aussi beaucoup, beaucoup réfléchi à mon retour.

Le retour, ouin...

Maintenant que la crise est passée, je suis quasiment enthousiaste à l'idée du retour à la maison. Non, quand même, faut pas charrier! Mais je suis une grande fille positive et je vais composer avec tout ce que la vie m’enverra. Et je suis toujours curieuse de voir ce qui va se présenter à moi. Même quand je souffre, je demeure optimiste. Parce que de toute façon, j’attends le meilleur. Je m’attends à des belles surprises, à des changements de caps imprévus, à des occasions d’améliorer mon sort et mon épanouissement.

Alors en fait, rentrer au Québec, cela me tente au boutte. Mon grand appétit pour le voyage ne vient pas d’un désintérêt pour ma terre natale. J’adore le Québec et ses quatre saisons en dix minutes! Et j’aime l’idée d’y retrouver bientôt famille et amis. Et celle d’y aménager mon nouveau nid.

Par contre, ce qui me braque complètement quant au retour, c’est de savoir que je ne serai bientôt plus maître de mon temps. C’est le retour du cadran, des comptes à payer, du transport en commun… L’insipide métro-boulot-dodo. Et moi, je veux continuer à savourer le bonheur de vivre chaque jour. Malgré les aléas de la vie au travail, malgré les insatisfactions, malgré le retour à un horaire plus fixe.

Alors comment conserver mon bonheur de vadrouilleuse tout en reprenant ma vie de sédentaire? M’est venu une piste de solution : je me lance dans l’import-export!

Bonheurs importés

J’ai longuement réfléchi au retour pendant ma mousson. Et j’ai eu une idée pour en atténuer le choc: importer dans mon futur quotidien québécois ce qui me rend tant heureuse dans ma vie à Pushkar et dans ma vie de bohème organisée en vadrouille.

J’ai tout noté. Tout ce qui a contribué à ma joie cette année, et qui continue de le faire. Ce qui me fait rire, sourire, plaisir. Ce qui m’enchante, m’attire, m’inspire. Ce qui m’apaise, m’alimente, m’assouvit. Ce qui m’épanouit, m’enthousiasme et m’interpelle. Tout ce qui embellit ma vie, la facilite, l’agrémente, la rend excitante. J’ai tout noté, du plus insignifiant détail au truc farfelu, en passant par la plus fondamentale nécessité à mon bonheur.

Et je me suis retrouvée avec une liste exhaustive de tout ce qui me rend heureuse depuis juin dernier (bon, la folle aux listes se réveille!).

Un projet post-vadrouille

Le contenu de cette liste me servira en mai, après mon retour. Je la laisse donc de côté pour le moment (quoi que je contunusse à l’alimenter - oui, j'ai écrit ça). Mais quand je me retrouverai chez moi, je sortirai cette liste et, pour chaque item qui m’a rendu heureuse en vadrouille, je ferai un brainstorm sur comment le transposer dans ma vie québécoise.

Je suis consciente que cela ne sera pas toujours possible. Par exemple, je ne pourrai plus nourrir les vaches sacrées avec mes restants, même si cela me rend heureuse (par contre, je nourrirai de croquettes mon sacré matou!). Mais je pense que je parviendrai à importer un peu de mon bonheur d'ici au Québec.

Voilà donc comment je mettrai une pincée de masala dans mon Longueuil!

Ce sera un de mes premiers projets au retour. Et avoir des projets inspirants, ce sera primordial pour ma santé mentale après avoir vécu une expérience extraordinaire comme celle de ma sabbatique.

Fruits récoltés

Une semaine toute en réflexion et en émotions, donc, pour votre vadrouilleuse. Mais heille! Sans la mousson, pas de cornichons!

Je vous laisse sur cette pensée hautement philosophique et sur un des mignons de mon balcon.

Et là-dessus, je m’en vais schtroumfer!

À bientôt!

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johanne pontbriand-vincent
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johanne pontbriand-vincent

Allo Isabelle
que c’est bon de te lire, quelle sagesse ❤❤ l
ton retour sera une autre étape de vie, nous avons hâte de te voir, je suis certaine
que tu auras d’autres projets aussi intéressant
bisous xxx

James Doc Requin
Invité
James Doc Requin

À chaque fois que je te lis ma belle Jacques, j’en veux toujours plus! J’entends ta voix qui me raconte tout ce que tu as vu! J’ai hâte de voir ta tronche 🙂 Bisous!!

Madeleine LaRue
Invité
Madeleine LaRue

Bravo Isabelle,
je te lis depuis ton départ et je trouve comme toi,que le temps passe beaucoup trop vite quand on est heureux !!!Tu me fais revivre mes 2 sabbatiques (à 25 et 30 ans) en pèlerinage Europe,Asie…Et tu sais,l’idée de défaire son sac à dos plusieurs semaines dans un bled perdu ,c’est la vraie vie,les vrais gens qu’on rencontre dans leur quotidien,leur bonheur,leurs misères,bref,dans tout ce que la consommation à outrance nous cache de plus en plus ….en occident.
Je te trouve vraiment saine d’être capable de te lâcher lousse dans cet itinéraire au bout de toi-même ,seule,ou presque,car ton ordi est un outil génial pour garder la communication avec tes proches ,tes fans et surtout toi-même!!

Reçois mon affection toute particulière de mon lointain pays de la Baie-James,que j’aimerais bien te faire découvrir dans toutes les teintes de blanc que nos interminables hivers nous offrent,y compris ,les lagopèdes des saules ,les perdrix blanches qui sont omniprésentes dans nos arbres,nos rues ,nos bancs de neige ,un bonbon pour les yeux !!!!

Nicolle
Invité
Nicolle

Pour du contenu, c’est du contenu….j’ai hâte que tu publies ces blogues…..
Bonne fin de vadrouillage et bon retour chez-vous chez-nous….
Merci
Nicolle