Inde: Bhagsu et Dharamsala

N'ajustez pas votre carte du monde

Dans un article sur Pokhara au Népal, je racontais ma visite dans un village de réfugiés tibétains. Pour rappeler brièvement quelques notions d’Histoire, le Tibet a été envahi par la Chine dans les années 70. Son peuple, bouddhiste, a été persécuté par son envahisseur. Alors le chef spirituel des Tibétains, le dalaï-lama, ainsi qu’une partie de son peuple, se sont exilés, entre autres, dans les pays voisins comme le Népal et l’Inde.

En Inde, c’est dans les montagnes himalayennes du nord du pays, dans l’État de l’Himachal Pradesh, que le peuple tibétain a trouvé refuge. Le dalaï-lama et les autres exilés se sont installés principalement dans une ville appelée Dharamsala.

Je raconte tout cela parce que me voilà installée à Bhagsu (ou Bhagsunag). C’est un village qui se trouve à distance de marche de Dharamsala (2 km), plus précisément de son quartier le plus touristique appelé McLeod Ganj. (Je sais, les Québécois, on ne peut pas prendre cet endroit au sérieux, avec un nom pareil! Chaque fois que j’en prononce le nom, je glisse ma main dans ma poche et j’ai un petit rire épais.)

Ce qui fait que l’ambiance et la cuisine, l’art et l’artisanat, les faciès et les habits d’ici sont autant tibétains qu’indiens et autant bouddhistes qu’hindous. On trouve également dans la région de nombreux Népalais venus y travailler.

Voilà qui mettait la table quant à ma prochaine destination. Maintenant, tout le monde en voiture!

Train de nuit

Le trajet de Pushkar à Bhagsu est une joyeuse épopée. D’abord, une demi-heure en taxi jusqu’à Ajmer. Suivi d'un trajet de train de 17 heures dans un wagon-couchettes à destination de Pathankot. Et finalement, un trajet de taxi de deux heures jusqu’à Bhagsu (il y a aussi des bus locaux, pour une fraction du prix et le double du temps de déplacement).

Le jour du départ (14 mars 2018), j’étais fin prête à quitter ma belle Pushkar, devenue trop chaude pour mon goût. Sivan m’accompagnait. Le trajet de train était agréable. La famille indienne qui partageait notre cabine de huit personnes était gentille. Et la couchette était confortable, avec des draps, un oreiller et une couverture chaude fournis. Aussi, des vendeurs de chai, d’eau ou de nourriture passent régulièrement dans l’allée. En plus, en cours de route, on a trouvé deux personnes pour partager notre taxi vers Bhagsu.

Il faisait froid à l’arrivée à Pathankot au petit matin. Et pendant le trajet vers Bhagsu, il est tombé un orage avec six secondes de gros grêlons. Ma réaction? COOL!!! Parce que oui, il faisait frette et il pleuvait. Mais autour de nous, il y avait le spectacle des montagnes et de la verdure mur-à-mur (contrastant avec la végétation désertique de Pushkar, sauf autour de mon balcon béni).

Retrouver Bhagsu

J’avais passé une dizaine de jours à Bhagsu en 2006. J’en gardais un bon souvenir un peu flou (tout comme de sa voisine McLeod Ganj). Donc, tout le long de notre traversée de McLeod et de Bhagsu en taxi, le paysage m’était à la fois familier et nouveau. Et j’étais excitée comme une puce par ces retrouvailles.

Puis l’arrivée à mon gîte (le View Cafe) m’a fait l’effet d’un gros WOW fluo avec des néons rose bonbon! Il tombait des cordes (grondement et flashs blancs en prime) et il faisait frette, pourtant. Pas moyen de me sentir malheureuse, par contre (après tout, Madame voulait du frais, Madame a été servie). Parce que ce qui m’attendait ici dépassait toutes mes attentes…

D’abord, le gîte est situé en hauteur et la vue y est superbe.

Et j’adore jusqu’au chemin cabossé qui y mène.

Et ma chambre est vraiment cool. La salle de bain est propre (WTF?!?! Mon premier fond de bol blanc à vie dans ce pays!), j’ai du rangement, une longue table de travail, deux lourdes couvertures, un grand matelas confortable, quatre prises de courant qui fonctionnent (Malade! «C'est comme un rrrêve!»)... Mais le détail qui tue, c’est que partout sur le sol de la chambre, il y a du tapis gazon! Au lieu de marcher sur le béton glacé, cela change une vie. Et puis, c’est irrésistiblement kitsch. Je songe d’ailleurs à en mettre dans mon futur chez-nous...

Le temps de m’installer un peu et le soleil perçait les nuages. Et c’est juste un peu plus tard qu’il a fait son apparition.


Je n’ai rien trouvé de mieux à faire de mon trop-plein de bonheur que de pleurer en souriant (retour à la normale!). Et toujours cette impression, sans cesse source d’émerveillement et de gratitude, de récolter les fruits du shitload de bon karma accumulé dans mes vies antérieures.

Premières impressions

À l’arrivée (vers 10 h), j’étais surexcitée à l’idée de déambuler dans Bhagsu et McLeod. Mais au lieu de me garrocher dans la rue, le Kodak à la main, j’ai nettoyé et organisé ma chambre, lentement. Puis j’ai visité le gîte.

J’ai pris le temps d’écouter les bruits de la place, aussi. Les langues parlées par mes voisins (espagnol, allemand, peut-être tchèque?), la musique qui joue, le bruit ambiant général. Comme ces chants d’oiseaux inconnus entendus au loin (bien hâte de découvrir leurs bettes). Et surtout j’ai pu constater l’absence de bruit de klaxons et de trafic! C’est que mon gîte est situé à bonne distance de la route. Et puis route, il faut le dire vite (rt!). Une rue à une seule voie monte à la hauteur de la guesthouse et ce n’est pas une rue très fréquentée. Alors comme en plus, il faut marcher sur un sentier pédestre une petite minute pour rejoindre le gîte, les bruits de circulation sont rarissimes ici. Ici, au pays du klaxon de feu, je le rappelle! Incroyable…

J’ai pris le pouls de la température, aussi. Méchant contraste. Mais il est bienvenu, ce temps rappelant nos automnes. En plus, j’ai traîné ma chaufferette, mes bas de laine, tout ça.

Et sachant que je resterai longtemps ici, j’ai pris le temps de réfléchir à des petites choses simples qui pourraient améliorer mon confort ou celui de mon aire (montagnes obligent, je ne peux plus parler de nid). Par exemple une tuque, un manteau et du ruban adhésif pour afficher mes mandalas.

Bref, le premier jour, j’ai choisi d’absorber mon nouvel environnement tranquillement. Au matin, j’ai mis la touche finale à mon dernier texte sur Pushkar. J’ai aussi pris le temps de lui faire mes «adieux» en regardant quelques photos. J’ai même versé quelques larmes d’amour (oui, cela se peut)!

Alors seulement, j’étais prête à repartir en neuf vers la suite de mes aventures. Une phase-tampon nécessaire entre deux parties de vadrouille importantes à mon coeur.

Le View Cafe

Dans mon article de cette semaine, je me concentrerai sur la présentation de mon gîte (incluant ma chambre), de ses alentours et de quelques-uns de ses habitants. Considérant que je resterai sans doute ici jusqu’à la fin avril, on peut penser que j’ai le temps en masse de vous faire visiter Bhagsu et McLeod plus tard.

Et surtout, mon gîte est intéressant et vraiment beau. Il est coloré, décoré de fleurs en pots et on y a de belles vues sur les alentours. D’ailleurs, voyez par vous-mêmes (et trouvez Charlie sur la première photo, tiens!).

Des habitants hauts en couleur

Les propriétaires de mon gîte possèdent une vache et son veau, et un petit étable. Le petit beugle de temps en temps. C’est chouette. Sur la photo, il me fait une face de cartoon! Je ne sais pas pourquoi. Il n’apparaissait pourtant pas effrayé, sur place.

Et le chien de la place est franchement sympathique. Le premier matin, je regarde par ma fenêtre et je le vois pour la première fois.

Puis il m’a vue à son tour.

Il s’est élancé vers moi comme s’il retrouvait une vieille amie, le beau toutou!

Aussi, à ce qu’on m’a dit, avril serait la saison des papillons ici. Mais on en voit déjà beaucoup. Ce qui est vraiment cool, c’est que les pots de fleurs posés un peu partout les attirent. Cela permet de prendre des photos écoeurantes de ces beautés ailées. Ah oui et pour répondre à la question que vous vous posez tous, «papillon», en hindi, c’est (au son) titali. De rien, les amis. De rien.

La faune à deux pattes

Comme d’ordinaire dans les guesthouses indiennes, toute la famille (multigénérationnelle) habite ici. Ils sont tous très gentils, tout comme le staff. Mais ma personne chouchou ici, c’est la petite grand-mère. Elle doit être millénaire, avec ses yeux blanchis par les cataractes et sa démarche pliée à angle droit! On communique par gestes et sourires.

Parmi les voyageurs qui logent ici, il y a trois hommes dans la soixantaine et une femme dans la cinquantaine qui semblent être installés ici depuis un bout, et pour encore bout. Un des bonshommes lâche un «Hoppa!» de temps en temps (ou quelque chose comme ça, mais je ne pense pas que cela accompagne une gorgée d’ouzo). Je le trouve hilarant et je me promets bien de faire sa connaissance. Aussi, quand des chiens jappent aux alentours (en Inde, le soir, on a souvent droit à des concerts canins), il pousse quelques «ahou-ahouuuuu!» avec eux. J’adore! Je pense m’y mettre aussi, d’ailleurs. En attendant, quand le petit veau beugle, je pousse un «mouuuuuh!» enthousiaste. (Pour vrai.)

Quelqu’un gratte sa guitare, aussi. Puis tous les jours, un autre met un peu de musique l’après-midi. Pas si mal, son programme musical. Amadou et Marianne, Led Zep, Leonard Cohen, The Doors, Dylan, musique folk…

Mais en réalité, je n’ai rien fait de plus que de saluer les gens que j’ai rencontrées jusqu’ici. C’est que j’ai ressenti le besoin de quelques jours de solitude à l'arrivée. Parce qu’il faut que je vous dise…

Il se trouve qu’entre Sivan et moi, ça chie. Le deuxième jour ici, nous avons vécu un moment d’incompréhension mutuelle (le plus récent d’une longue série) et à partir de là, nous nous sommes contentées de nous saluer poliment, sans chercher à nous fréquenter davantage. Parce qu’en amitié comme en amour, deux bonnes personnes forment parfois un mauvais match. C’est comme ça et c’est tout. Autant alors prendre des directions différentes, sans animosité, que de faire perdurer le déplaisir. Voilà pour la mise à jour sociale.

Voyager en solo et la solitude

Parmi mes articles d’avant le départ, je répondais aux habituelles réactions qu’ont les gens face au voyageur en occupation simple. «T’as pas peur?», «T’es donc bien chanceuse!», «Tu vas pas t’ennuyer, toute seule?» Et la finalité de ma relation avec Sivan m’amène à aborder à nouveau le sujet du voyage en solo par rapport à la solitude. Parce que cet épisode pendant lequel j’ai un peu «voyagé à deux» vient confirmer ce que je mentionnais dans l’article.

Et ce que je disais dans l’article, c’est qu’on est beaucoup plus enclin à faire connaissance avec des étrangers quand on voyage seul que quand on voyage à deux. Parce que quand on voyage avec quelqu’un, c’est généralement vers cette personne-là qu’on se tournera pour communiquer. Alors que quand on est seul, mû par le désir de communiquer, on n’aura pas le choix de se tourner vers les inconnus.

Et c’est précisément ce qui vient de se passer pour moi dans ce bout de vadrouille. Pendant les deux mois et demi à Pushkar, je n’ai eu pratiquement aucun échange substantiel avec un inconnu, ne communiquant qu’avec ma compagne de route. Mais du moment où je me suis retrouvée toute seule à nouveau, j’ai retrouvé le goût de faire connaissance avec les gens que je croise.

Par contre, juste avant de m’y remettre, j’ai besoin de quelques jours dans ma bulle, tout fin seule.

Ma chambre Sico

Ma chambre fait ma joie! Elle est pratique, lumineuse, super colorée, avec un Om est incrusté dans ma porte. Puis j’en ai rajouté une couche au niveau de la décadence des couleurs en affichant quelques mandalas sur les murs et en choisissant des foulards flash pour protéger mes tablettes contre la poussière.

Le seul défaut de ma chambre, c’est que la toilette et l’évier sont vraiment proches. Ce qui fait que pour s’assoir sur la bol, il faut danser un léger limbo avec le lavabo! Un peu gossant, mais que faire? Bien j’ai trouvé. Je siffle la toune en entrant dans la salle de bain! (Pour vrai.) Ça met de l'ambiance... 😉

Je vous fais visiter?

Retour à Balconville?

Mon balcon est hallucinant! Dès que j’y ai mis les pieds, j’ai su que ce serait l’amour fou.

En partant, quand j’ai ouvert la porte, un chat s’est enfui. C’est que les chats qui vivent autour du gîte (j’en ai compté trois jusqu’ici) sont très sauvages. Mais s’ils fréquentent mon balcon, j’aurai peut-être l’occasion de les apprivoiser doucement. À grand renfort de petits trucs à grignoter et d’eau fraîche, peut-être?

En plus, j’ai deux chaises (donc une table ou un pouf de balcon) et une prise de courant extérieure qui fonctionne! Et tout l’après-midi, le soleil y est brûlant, réchauffant ma chambre et mes os.

Devant le balcon, des arbres en bourgeons, des arbres en fleurs et un parterre de fleurs sauvages attirant les papillons. Et juste en bas de mon balcon, l’étable aux deux vaches. Alors il flotte une légère odeur de foin et de bouse dans mon nouveau paradis, mais rien d’offensant pour la narine. Un simple rappel olfactif du fait que je suis à la campagne.

Le premier oiseau que j’ai vu, c’était le plus beau des punks (ma photo est moche, mais elle fera l’affaire jusqu’à ce que j’en prenne une meilleure). Puis en quelques jours seulement, j’ai vu plus d’une dizaine d’espèces de volatiles différentes. Je CAPOTE.

Bref, j’en ai plein la vue avec les beautés de mon balcon et j’ai bien hâte de les partager. Mais pour le moment, voici simplement quelques vues générales des lieux (pour vous mettre en appétit).

Dans 5... 4...

Il me reste genre quatre ou cinq semaines de vadrouille avant de rentrer au bercail…

D’un côté, je souris en pensant aux quelques murs que je peindrai en jaune pétant dans mon nouveau logement et à mon plan d’importation de bonheurs au Québec.

De l’autre, je suis juste trop heureuse ici et je n'ai aucune envie que cela s'arrête. J’aime ma vie à Bhagsu au moins autant sinon plus que celle à Pushkar (imaginez!). Alors j’ai comme une envie grandissante de donner à une vache mon passeport à chiquer!

Je vous laisse sur ce terrible suspense.

Mais avant de vous laisser, pour le plaisir de vos yeux seulement, mon look de star à Bhagsu.

«Ooooooooh, She’s got the look!», je vous entends murmurer admirativement. Je sais. Mais n’oubliez pas que la jalousie, c’est pas beau…

Sans blague, il faut ce qu’il faut pour se garder au chaud! Ici, c’est deux paires de bas matin et soir, je porte des pantalons mous ¾ sous mon pantalon et un chandail à manches longues sous une ou deux vestes (mais peut-être pas de brassière…). D’ailleurs j’ai dû acheter une tuque et une belle veste polar Spiderman (pas trop d’options de couleurs pour 10$, mais je m’en fous. Je la lèguerai à quelqu’un qui en a besoin avant de partir.). Par contre, l’après-midi, le soleil est brûlant et tu peux rester nus pieds, en short, si cela te chante.

Et là-dessus, votre dévouée fashionista va aller profiter du soleil, justement.

À bientôt!

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Danielle

Merci pour la parade de mode et le paysage!!! Continue de respirer la bonheur, c’est bon pour le moral 🙂