Les chroniques de Pushkar 5

Une date très troublante

Cela se passera le 29 avril...

Je me suis lancée, le cœur battant, et j’ai réservé mon vol de retour à Montréal.

Comme le disait un Patrick Swayze plein de sagesse dans Dirty Dancing : «Co-cong. Co-cong.»

Des nouvelles de Balconville

Du côté de mon balcon cette semaine, de nouvelles fleurs ont commencé à pousser dans mes arbres. Sinon, les habituels oiseaux et écureuils de mon quotidien ont continué à vivre leur vie en passant par ma mini forêt.

Et puis (attention, l’ornithologue va parler) j’ai découvert que les gros oiseaux gris qui aiment les colleux (vous vous rappelez, le tapon d’oiseaux?) ont aussi plein de belles plumes bleu pâle sur le dos. Je n’avais pas remarqué avant.

Très beau plumage, hein? Mais mosus que j’aurais préféré ne pas avoir remarqué! Parce que cela vient compliquer mon lexique d’expert ornithologue au boutte, en plus de me causer un bogue irréparable au cerveau. Je m’explique.

Avant je les appelais «oiseaux gris». Mais astheure, je ne peux plus juste les appeler «oiseaux gris» parce qu’à chaque fois, dans ma tête, mon cerveau va rectifier le nom par «oiseaux gris et bleu pâle». Je vais dire, penser ou écrire «oiseau gris» et mon cerveau va systématiquement compléter par «et bleu pâle», même si je ne le dis/écris pas, et même si j’essaie de l’en empêcher. Fastidieux!

Oups! Je viens de dévoiler une autre corde à l’arc de ma maladie mentale… Ce n’était pas prévu. Si vous le permettez, je vais faire une petite pause et je reviens. OÙ SONT MES CACHETS??? (Un coucou à toi, ex-wèz! 🙂 )

Ornithico-mocheton

Je blague sur mes compétences d’ornithologue depuis mon départ en vadrouille, mais en vérité (vous vous en doutez), je trippe fort sur les oiseaux, même si je ne connais pas leurs noms. Et il y en a tellement ici, et d’une telle diversité. Cela va me manquer sérieusement au retour.

Mais bon, comme je le racontais dans ma précédente chronique «pushkarienne», je veux importer chez moi ce que j’aime d’ici. Et quelques idées me sont venues spontanément quand j’ai noté les oiseaux sur ma liste d’importations potentielles.

Par exemple, j’installerai peut-être une mangeoire sur mon balcon. Ou, minimalement, j’achèterai des graines à lancer dessus! (Quand t’as la classe…) Et je pense que j’irai plus souvent marcher au parc Michel-Chartrand pour nourrir les mésanges (et voir les cerfs). Et pour obtenir une petite dose de nature pour ma survie.

J’ai aussi envie de passer des heures à consulter des ouvrages d’ornithologie empruntés à la Grande Bibliothèque pour tenter de reconnaître les oiseaux qui ont croisé ma route de vadrouilleuse. Je sais bien que je pourrais googler tout ça dret-là, mais j’ai le goût de me garder ce projet pour le retour + je veux tâter du papier, en vieux-jeu assumée.

Je vous rapporterai le fruit de mes recherches, tiens!

Viens voir les comédiens

Comme toujours, les singes m’ont fait l’honneur de revenir me donner des shows gratis. Maudit que je les aime! Même ceux à fesses rouges (je ne suis pas rancunière une minute). Par contre, les singes à face noire sont vraiment trop cool avec leur interminable queue, leur grâce comique et leur douceur. Ils circulent sur la rambarde du balcon, même si je suis là, sans trop s’occuper de ma présence. Comme l’a fait ce grand dude venu s’installer juste à côté de moi.

Je voudrais aussi partager cette vidéo que j’ai mise sur Instagram. Une mère est venue avec son petit. Il gémissait beaucoup (ils ont la colique comme nous, les singeaux?) et sa mère, entourée par la sollicitude d’un autre singe de la bande, essaie de le réconforter, lui donne des bisous, des câlins. C’est mignon comme tout.

Et voyez un peu ce jeune fou qui bondit dans les arbres!

Mais avec les singes à fesses rouges, proximité = hostilité. Alors je suis prudente. Surtout depuis que l’un d’eux a voulu jouer les Témoins de Jéhovah à ma porte. Regardez-moi ces dents! Pour les photographier, je m’adonne donc sans pudeur à l’un de mes vices cachés: je me sors le zoom au grand air! Oups, le chat sort du sac... Je demande pardon à tous ceux qui ont dû subir la vue de mon engin. #moinonplus

Lendemains roses

En Inde (et ailleurs, comme au Népal), on fêtait Holi le 2 mars. C’est la fête hindoue pendant laquelle on se garroche de la poudre de couleur dans les rues. À ce que j’en ai compris, la fête souligne entre autres le retour prochain du printemps (mais je ne mettrais pas un brun sur l’info).

Je n’ai pas de photo de la fête à vous présenter parce que… Je n’y suis pas allée!

Parce que Holi, c’est un peu un concentré de tout ce que je déteste. Une foule compacte, du bruit en fou, de la musique transe pour t’éclater les tympans, de la bousculade et être pognée avec de la couleur cheap tatouée dans la face pendant trois jours. Non mais sans blague, Holi, ce n’est vraiment pas reposant. Total madness… C’est rendu comme un party-rave de jour. Tapez «Holi Pushkar 2018» sur YouTube et vous verrez par vous-mêmes que ce n’est pas pour moi.

J’étais bien curieuse de voir l’état des lieux le lendemain, par contre. Et de fait, le centre avait l’air d’une zone de guerre (et j’avais envie de me mordre parce que j’avais oublié mon appareil-photo dans ma chambre…). Une épaisse couche de poudre rose (le mix de toutes les couleurs devient rose au final) sur toutes les surfaces et partout au sol. Des déchets partout (enfin plus que d’ordinaire). À peu près tout était fermé (même le ATM était barricadé). Des gens qui nettoient, dépoussièrent, balaient nonchalamment. Pushkar n’est déjà pas une partie de plaisir pour les poumons, avec son air ensablé, mais là c’était plein de particules de poussière rose flottant dans l’air.

J’ai quand même quelques photos prises deux jours après qui prouvent que la ville et ses habitants portent encore les séquelles de la fête.

Ma série noire (ou pas)

Il me restait 5 roupies en poche (10 sous) quand je suis allée au guichet un soir cette semaine. Mais rendue là-bas, je n’ai pas trouvé mon portefeuilles dans mon sac. Alors quand je suis rentrée dans ma chambre et que j’ai vu que mon portefeuilles n’était ni sur ma commode, ni tombé sur mon lit, j’ai compris que je l’avais perdu ou que je m’étais fait pickpocketer.

Plus de portefeuilles…

J’ai arrêté de respirer pour un instant. J’avais envie de m’écraser sur le plancher. Mais je me suis tout de suite ressaisie. À quoi ça m’aurait servi de paniquer? Ce qu’il me fallait, tout de suite là, c’était de garder la tête froide et de passer à l’action.

J’ai donc pris quelques profondes inspirations et j’ai serré les dents. J’ai ouvert une session de ma banque en ligne, transmis un message explicatif de ma situation (je ne pouvais rien faire de plus à l’heure qu’il était considérant que mon téléphone n’est pas en fonction depuis mon arrivée en Inde). J’en ai profité pour noter mes dernières transactions et mes derniers soldes et j’ai pu constater qu’il n’y avait pour l’instant aucune transaction louche dans mes comptes.

Puis j’ai réfléchi aux solutions possibles, compté mes USD restants et évalué de combien d’argent environ je devrais avoir besoin pour les deux mois qu’il me reste en Inde. Finalement, j’ai établi mon plan de match pour corriger la situation le lendemain.

Ensuite, je pense que j’ai été touchée par la Grâce Divine. Parce que je me suis mise à nommer, haut et fort, tous les objets du rituel ecclésiastique à maintes, maintes, maintes reprises... Ah que ça m’a fait du bien, ce court moment d’état de grâce!

Et puis je me suis dit, presque en riant : « Shit, encore une affaire plate qui m’arrive. C’est ma série noire, il faut croire… Probablement qu’à mon prochain repas, j’attraperai une turbo turista! »

Mais la vie me réservait une formidable surprise…

Ma bonne étoile s'en mêle encore

Le lendemain du drame (j’exagère!), je me dirigeais au matin vers le centre. Mon intention était d’aller au guichet automatique pour tenter une avance de fonds avec la carte de crédit qu’il me restait mais que je n’utilise jamais d’habitude (en espérant me souvenir du NIP parce que pour le moment j’avais 3 combinaisons possibles en tête!). Je voulais aussi trouver un endroit pour téléphoner à la banque.

Et le miracle a eu lieu.

Comme je passais devant son café, un marchand de chai m’a interpellée. « Wait! Come! Lost wallet? » Je l’ai regardé avec des yeux ronds immenses, remplis d’espoir. Il a ri et m’a donné mon portefeuilles, qu’il avait rangé dans une armoire. Il l’avait trouvé sur le sol la veille au soir, près de la fontaine (Sivan avait pris de l’eau et pendant ce temps, j’avais sorti mon foulard de mon sac, faisant tomber mon portefeuilles sans m’en apercevoir). Et il a reconnu ma tronche sur mon permis de conduire.

(Merci, merci, la vie! Tu es magique et épatante et je t’aime à la folie! Xxx)

La morale de l'histoire?

J’en vois deux!

D’abord, ne JAMAIS! garder toutes ses sources d’argent au même endroit quand on voyage.

Advenant le cas où mon portefeuilles aurait bel et bien été perdu, cela ne me mettait pas dans le trouble tant que ça. Parce que jamais je ne laisse toutes mes sources d’argent au même endroit. J’avais donc toujours en main une carte de crédit de secours et une centaine de dollars US. La perte du portefeuilles venait juste compliquer mes affaires, pas les gâcher totalement.

Morale 2

Ensuite, cela m’a confortée dans l’idée que la plupart du temps, on s’inquiète et on a peur strictement pour rien.

Quand j’ai découvert que mon portefeuilles manquait, j’aurais pu virer de d’sour, céder à la panique. J’aurais pu passer une soirée et une nuit de marde à pleurer, à m’inquiéter, à angoisser.

À la place, j’ai respiré par le nez et j’ai fait ce que je pouvais faire dans les circonstances, me disant que le lendemain, je pourrais arranger ma situation, mais que pour l’instant, je ne pouvais rien faire de plus.

Sauf qu’en vérité, j’allais découvrir le lendemain que la «situation» n’était même pas réelle! Parce que mon portefeuilles m’attendait et qu’aucun problème ne m’a été causé.

Et c’est ce qui arrive la plupart du temps. On a peur, on capote, on se fait des scénarios catastrophes. Et puis finalement… tout se passe bien! Pas de drame, pas de bobo, pas d’échec. Juste du temps perdu à se rendre malade en imaginant des malheurs qui ne surviendront pas.

Alors à quoi bon continuer à capoter? Et bien, je vais vous le dire : cela me tente de moins en moins, moi.

Radio Radio

J’aime bien écouter la radio locale de temps en temps. C’est drôle parce que c’est exactement pareil que la radio de chez nous (ou d’ailleurs). Je veux dire que les animateurs, les jingles et les publicités ont exactement les mêmes intonations partout. Sans comprendre la langue, tu peux déduire que le gars est en train de dire quelque chose comme : « Cette capsule était une présentation de Gérard Muffler. Parce que chez Gérard Muffler, on l’a l’affeure! »

J’ai aussi envie de vous faire entendre une chanson d’amour en hindi, très populaire dans le coin ces temps-ci. Tere Sang Yaara. C’est un peu mielleux, mais plutôt chou. Et mon amie Sivan est folle de la toune. D’ailleurs, elle a mis une vidéo sur sa chaîne YouTube dans laquelle on l’entend chanter par-dessus la chanson tout en montrant des images de Pushkar tournées depuis le toit d’un immeuble. Cela me semblait une excellente façon de vous faire découvrir cette chanson (et la personnalité haute en couleurs de Sivan!). La vidéo se cache ici!

Et Sivan a de nombreuses vidéos sur sa chaîne YouTube (dont certaines de Pushkar), alors si vous êtes curieux de l’entendre parler en hébreux, gâtez-vous, mes chanceux!

Quitter Pushkar

Je prendrai le train vers le nord (avec Sivan) le 14 mars. Il me reste donc une petite semaine pour profiter de l’épatante Pushkar. Je me sens un peu triste de partir. En même temps, je me sens pleine de gratitude pour le bonheur que j’ai trouvé ici et très excitée à l’idée de retrouver bientôt la montagneuse Bhagsu.

Mais wo, pas si vite! Il me reste bien quelques aventures à vivre à Pushkar avant le départ.

En attendant, je vous laisse sur une autre toune.

C’est que sur le mur d’enceinte de mon gîte, une bande de joyeux compagnons (vieux frères, francs copains…) m’a offert un spectacle attendrissant. Regardez-moi cette scène. Entendez-vous aussi la chanson Love Train en les voyant?


 
«People all over the word, join hands! Start a love train, love train!»

À bientôt!

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Isabelle en vadrouilleJulie Recent comment authors
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Julie
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Julie

Wowwww, toujours aussi intéressant te lire Isabelle! Tu es mon roman préféré cette année ! Je la ris encore là scène du singe qui essaie d’entrer chez toi! Et que dire de l’histoire du porte feuille retrouvé ! Des anges veillent définitivement sur toi! Savoure ces derniers moments de voyage dans toute leur intensité ! Tu es inspirante 😊