La fin d’une vadrouille

«Demain matin, Montréal m'attend!»

Je pars demain. Je suis fébrile, excitée et triste à la fois.

C’est qu’on dirait qu’une fois que je me suis faite à l’idée que je quitterai quelque chose… Il faut que ça se passe là! Je m’impatiente. Alors malgré mon amour pour Bhagsu, je ressentais comme un sentiment d’urgence face à mon départ ces derniers jours. Du genre : « Déguédine, le temps, que je passe franchement à autre chose! »

Parce que ces jours-ci, je me sentais tout écartillée. J’avais un pied déjà rendu à Montréal. La folle aux listes s’est excitée comme une puce : liste pour la première épicerie (crème glacée + le nécessaire pour préparer des nachos gratinés, ce sont les premières choses qui me sont venues), liste pour les quelques achats à faire, liste de choses toudou au retour, etc.

Et je pensais, surexcitée et émue, à tous les gens que j’aime et que j’irai très bientôt serrer dans mes bras. («Tiens-toé ben, tiens-toé ben, tiens-toé ben ben ben: J’ARRIVE!!!»)

Dans ma tête, c’est la fête du retour! Mais mon corps ne le comprend pas, on dirait... Parce que je pleurs ma vie depuis quelques jours. Cela me prend à tout moment. Sans raison, sans contrôle, sans retenue. Pour être franche, hier, j’aurais bien donné une semaine de mon existence en échange d’une épaule amie sur laquelle brailler deux minutes ou deux jours. Un moment de terrible solitude.

Je suis pourtant tout enthousiaste à l’idée de mon retour! Quand je disais que je me sens tout écartillée

Amenez-en des bonnes nouvelles!

En plus, les bonnes nouvelles me tombent du ciel sans arrêt (comme le Saint Esprit, Chose)!

D’abord, mon retour d’impôt qui tombe à point parce que j’aurai besoin de quelques doux bidous pour m’installer.

Ensuite, j’aurai de l’aide pour aller chercher mon stock entreposé chez mon oncle. (Minibus et Alain… Vous êtes des as, des champions, des Pères Noël merveilleux! Xxx)

Et puis ma chère mère… Non seulement elle s’est occupé de mon bail et tout, mais en plus, elle a déjà les clés depuis une semaine. J’arriverai donc dans un joli apparte, fraîchement peinturé par les bons soins de mon oncle Marc. Elle aura aussi laissé quelques provisions et lavé mes draps (à mettre sur mon matelas pneumatique). Parce qu’elle est comme ça, ma petite maman. Et quand elle m’a parlé de son intention de mettre quelques affaires dans mon frigo, j’ai pensé : «Des cretons pis de la moutarde!!!». Comme le dit l’expression bien connue : chassez l’Isabelle et elle revient aux pogos! (Ou quelque chose comme ça.)

Finalement, en plus des électros qu’il m’a vendus, l’ancien locataire a laissé son set de cuisine sur place. Il n’est plus tout frais, mais il est parfait pour le moment (en plus de me fournir un nouveau projet : lui donner un coup de pinceau).

Donc, après avoir passé une bonne nuit de sommeil dans mon nouveau chez-nous, à mon premier matin, je mangerai des toasts au creton avec de la moutarde, que je ferai passer avec un grand verre de lait, le tout accompagné d’un sourire béat.

Et me voilà repartie pour un nouveau départ…

« ...parce que demain, j’sacre mon camp! »

Adieu veau, vache, papillons!

J’ai passé ma dernière semaine à préparer mon départ. J’avais quelques achats à faire à McLeod Ganj, entre autres. Quelques barres de ce savon que j’aime bien ici, quelques souvenirs, un t-shirt frais pour la route (vraiment pas du luxe!). D’ailleurs, j’ai fait de belles rencontres en chemin vers McLeod Ganj. C’est pas les plus belles chèvres au monde, ça?

Mais je n’ai pas fait que de belles rencontres cette semaine. L’affreuse araignée est revenue. Je me doutais bien qu’elle était tapie quelque part dans la salle de bain. Mais quand j’ai décroché ma trousse de toilette du mur et que je l’ai vue dedans, j’ai un peu perdu les pédales! Comment une petite bête avec le corps pas plus gros qu’un cinq cennes peut autant te mettre en panique? C’est ridicule (et pourtant viscéral!).

Bref, j’ai sacré ma trousse sur le balcon et Consuelo s’est enfuie (étant donné qu’elle a décidé qu’on n’aurait pas une rencontre unique, mais une relation ensemble, je me suis dit que ça lui prenait un nom.). Sauf qu’ensuite, quand j’ai récupéré la trousse, j’ai remarqué ceci :

Voyez-vous la grosse motte de soie? Je l’ai tu échappée belle, vous pensez? Combien de bébés monstres seraient sortis de là, et quand, pour envahir ma salle de bain? Sans réfléchir, j’ai lancée la trousse au bout de mes bras, sur le terrain! J’avais trop peur que le cocon éclose… Hahaha! Je l’ai ramassée plus tard pour la mettre à la poubelle.

Invasion de domicile chez les Guy A.

Mais trêve de visions d’horreur (ça me pique partout). Quelques jours avant mon départ sont arrivés, tout à coup et par douzaines, de beaux perroquets jacassants. Ils se sont tous dirigés au même endroit: un grand arbre couvert de fruits rouges depuis peu. Et ils se sont bourré la face copieusement. Mes beaux Guy A. bleus, d’ordinaire les rois de la place, n’étaient pas trop contents de cette invasion de leur domicile. Le vacarme de rouspétance, je vous dis pas! Mais les perroquets sont nombreux et j’ai l’impression qu’ils ne partiront pas avant d’être bien gorgés de baies. Je mets une photo (moche) d’un joyeux couple de gloutons.

D’ailleurs, puisque c’est mon dernier message depuis Bhagsu, j’en profite pour vous présenter plusieurs des espèces d’oiseaux croisées ici. Si je ne vous avais pas montré ces mignons avant, c’est parce que je gardais espoir d’en tirer de meilleures photos. Mais time’s up! Alors les voilà. Toutefois, quelques ajustements mentaux de votre part seront nécessaires. Enlever un peu de flou, rajouter un bout de patte, donner un coup de loupe, éclaircir un peu et même, des fois, chercher un peu Charlie… Au boulot!

Gros Bonheur 10, Ennui 0

« T’es-tu ennuyée? »

La vérité? Pantoute.

Il faut dire que l’ennui n’est pas tellement dans ma nature. Mais il y a quand même mon chat qui me donnait une petite moue nostalgique en voyant ses oreilles. (D’ailleurs, c’est généralement tout ce que je voyais de lui, parce que ma mère cadre ses films sur Skype comme ses photos : en coupant les têtes! C’est sa spécialité reconnue. Un running gag familial…)

Mais m’ennuyer, pendant l’année époustouflante que je viens de passer, qui m’a portée de découvertes, en paysages, en rencontres? Pas eu de temps pour ça! D’autant plus que la rédaction du blog et les échanges continus avec mes proches tout au long du parcours m’ont laissée avec une impression de proximité. Un peu trop de proximité, par moments, je dirais même (si j'osais)...

Poutinorama

Bien que je ne me sois pas ennuyée, j’ai eu quelques joyeux cravings nostalgiques de bouffe, quand même. Surtout en Indonésie (on en revient du nasi goreng et du nasi campur, à la longue - et même à la pas si longue que ça, finalement!). C’est pour cela que, avec mon esprit de gourmande finie, je me suis imaginé un premier repas du retour composé de ce qui m’a fait le plus fantasmer au fil des mois (mais qui n’a pas dû trop manquer à mon système digestif, par contre).

En entrée, je voudrais de la poutine de chez Alpha avec quelques tranches de bacon (pour soigner mon foie). Comme plat principal, rien de moins qu’un classique repas de dinde de Noël (pétates pilées, farce, petits pois, atocats, bettes marinées, ketchup aux fruits, toutte le kit). Au dessert, un pâte molle coulant et une baguette chaude et croustillante (c’est bizarre parce que je suis un bec sucré, mais aucun dessert ne m’a manqué pendant mon absence. En tout cas, jamais autant que du fromage et du pain de qualité). Sacrez-moi un petit coup de rouge ou deux là-dessus (oh puis merde, toute la bouteille, tiens! C’est Noël!), et je suis aux anges.

(Prends des notes, m’man! Il se pourrait qu’il y ait un message subliminal pour toi dans le dernier paragraphe. Hahaha! Xxx)

Voilà pour le fantasme de mes papilles. Mais en fait, j’ai été strictement végétarienne ces derniers cinq mois et je pense que cela m’a fait du bien. Je voudrais bien poursuivre dans cette voie et ne manger viande ou poisson pas plus d’une fois par semaine, mettons.

Vie de bureau

Quant à savoir si je me suis ennuyée du boulot… Ne soyez pas vulgaires! Mais bien sûr, je serai très contente de retrouver certains collègues que j’aime beaucoup.

En fait, je suis surtout contente d’avoir choisi de revenir plus tôt que prévu au Québec. Comme ça, j’ai un mois et demi devant moi pour me faire une raison, pour réfléchir à des façons d’adoucir le contraste entre la liberté totale de la dernière année et le retour au travail.

Cela dit, si jamais, au pire, je n’arrivais à rien pour me redonner de l’enthousiasme, j’ai sous la patte un plan B parfait. N’en parlez à personne, mais je pourrais dire que, pendant ma sabbatique, j’ai attrapé La Tourette. Cela me permettrait de lâcher un peu de vapeur de temps en temps. Et puis cela mettrait de l’ambiance au bureau!

«PATATE PLOTE! Oups! Désolée, madame la présidente...»

C’est juste des petites blagues.

En retard dans les nouvelles

Je me suis tenue assez déconnectée de l’actualité pendant ma vadrouille. C’est même une ex-collègue (Bisou, Lise!) qui m’a informée du volcan en activité à Bali alors que j’y étais. Parce que les nouvelles, cela me fait de la peine. Pour vrai. Aussi simple que cela. Alors je m’inflige le supplice d’écouter les infos ou de lire les journaux le moins souvent possible, même si la curiosité finit toujours par l’emporter de temps en temps.

Quand même, je ne ferai pas le saut, en plaçant mon câblodistributeur sur Télévision Quatre-Saisons, si je découvre que Salvail est soudainement passé de mode…

E.T. téléphone maison!

Demain, je rentre chez moi après dix mois à vadrouiller dans le monde… Dix mois qui ont passé tellement vite, racontés en une cinquantaine de récits d’aventures sur ce blog.

Quand même, dix mois, c’est une longue odyssée! Et si votre Ulysse est tout heureux d’avoir fait un maudit beau voyage, il est grand temps pour lui de retourner vers sa Pénélope poilue! (J’arrive, mon Poulet Doux!!!)

C’est que même si je reviens avec l’idée de repartir en germination dans un coin de mon esprit, je suis prête pour le retour. Parce que je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau, dans ma tête et dans mon cœur qu’au cours des derniers mois. Et je n’ai jamais été aussi convaincue d’être sur la bonne track avec ma vie. D’ailleurs, je ne sais pas ce que la vie me réserve, pour la suite des choses, mais je suis absolument certaine qu’elle me mènera là où il me faut aller. Alors go! Je suis partante et j’y vais en toute confiance.

Liberté surveillée

Si ma vadrouille se termine demain au niveau géographique, il me reste sa phase d’atterrissage et de digestion à traverser. Parce qu’au cours des prochaines semaines, des prochains mois, je ferai le constat de ce que m’a légué ma vadrouille en héritage.

Et il me reste à passer à travers une phase de deuil, aussi. Pas tant le deuil de la fin du voyage ou de la vie de nomade (parce que c’est clair que ce n’est que partie remise!). Mais faire, surtout, le deuil de ma liberté. Ma liberté dans l’espace, mais surtout dans le temps. N’oubliez pas que je suis la fille qui s’est fait consoler par sa patronne quand on a renouvelé son dernier contrat d’occasionnelle pour deux ans au lieu d’une seule! «Deux ans coincée à la même place, bou-hou-hou!!!»

Alors voilà, il me faudra faire le deuil d’être maîtresse de mon temps. Pffffff… Ce n’est pas gagné! Je pense même que je pourrais rester collée dans la phase furieuse pour longtemps… (Heille cousin Pierre - ou plutôt Dr Tremblay, combien de temps peut-on rester « en tabarnac » avant que cela devienne officiellement une pathologie? Hahaha! Ma belle Renelle, je viens vous embrasser en mai, ok? Xxx)

Sans blague, j’en rajoute un peu. Surtout que c’est plutôt en phase de marchandage que je reste coincée sur cette question. Mais il reste que mon grand drame dans la vie, c’est de me soumettre au fait que je ne sois pas seule maître de mon temps. Je ne suis pas du tout d’accord avec ça. C’est d’ailleurs un état de fait qui alimente mon fantasme récurrent de fuite dans un shack dans le bois, à me nourrir de miel et de baies (comme l’ourse que je suis un peu).

Mais je n’ai pas dit mon dernier mot! D’ailleurs, avec cette année sabbatique, je considère que j’ai quand même gagné quelques manches de liberté totale. Et le match est loin d’être fini (enfin, comme disait Édouard Carpentier : «Si dieu le veut!»).

Deux semaines de bulle

Pour l’instant, je me prépare à quitter l’Inde adorée. Je suis triste et prête. Triste parce que, de toute façon, quitter l’Inde sans pleurer en regardant par le hublot, ce n’est pas dans mes cordes. Et prête parce que j’y ai quand même passé presque cinq mois! Mais surtout parce que je sais que j’y reviendrai tôt ou tard.

Une fois de retour au Québec, j’aurai besoin de me retrouver dans ma bulle un brin les premiers jours, avant de sortir voir mon monde. (Et puis de toute façon, la semaine prochaine, je serai dans le déménagement, et peut-être sans wifi.) Alors je le dis dès à présent : je prends deux semaines de relâche avec mon blog.

Mais je suis loin d’en avoir terminé avec ce dernier…

Isabelle post-vadrouille

Dans deux semaines, donc, je commencerai à publier des articles qui feront le bilan de ma vadrouille. Un mélange de réflexions, de stats ultra compliquées avec diagrammes (ou pas), de commentaires, de palmarès en tous genres. Ma distribution de tapes sur l’épaule/tapes sur la gueule, des trucs pratiques de voyageurs, peut-être des anecdotes inédites… Ce genre de choses.

Et parallèlement, je raconterai comment se passe le retour. Suis-je toute pimpante et pleine de projets intéressants? Ai-je sombré dans les affres de la DÉPRESSION et de la DROGUE? Un mélange des deux, peut-être?

Et bien c’est ce que vous apprendrez dans le premier épisode d’Isabelle post-vadrouille!

Un mot de la fin, quelqu'un?

Hey, San Francisco! Ma vadrouille a commencé chez toi le 24 juin 2017… Quelques mots à dire pour terminer en sagesse et en beauté le dernier article à l’étranger de ma formidable aventure?

You bet, qu’on aime! Smack, smack, San Francisco!

Tolérance, ouverture et curiosité face à l’autre. Chacun des voyages que j’ai faits a eu un impact sur les miennes (à divers degrés de profondeur). Je terminerai donc les écrits relatant mes dix mois de vadrouille par une douce invitation : allons-y, visiter ces pays qui nous font rêver. Partons à la rencontre de cet Autre et de ses différences. Et retrouvons-nous enfin face à nous-mêmes.

Gros cliché, non? Mais est-ce que ce n’est pas cela, un cliché, justement? Un truc récurrent qui finit par faire loi. C’est cliché PARCE QUE c’est comme cela que cela se passe très souvent. Parce que oui, cela fait ça, voyager et communiquer avec des gens d’origines différentes de la nôtre. Ça nous ouvre les écoutilles!

Bref, voyager confronte nos idées reçues et les remet en perspective, ce qui nous apporte une nouvelle compréhension du monde dans lequel on vit. Et par là même, une meilleure compréhension de soi et des autres.

C’est pourquoi je dis : partons-y, vers ces pays mystérieux. Apprenons à nous connaître. Et aimons-nous (Quand même, hein, Yvon?).

De retour bientôt!

BOULE D’AMOUR!!!