Retour de vadrouille

Où t'étais passée?

Dans mon dernier article, je disais que je prenais deux semaines de congé pour atterrir et m’installer. Ce à quoi je n’avais pas pensé, c’est qu’au bout de ces deux semaines, aucun texte ne serait encore écrit! (Doh.) Voilà donc ce qui explique mon délai d’une semaine de plus avant publication de cet article.

Dans ce dernier, je raconterai comment se passe mon retour au bercail jusqu’ici. Puis, dans les semaines suivantes, je reviendrai sur mes mois de vadrouille.

Long longtemps, longtemps, longtemps...

Quelle épopée, ce retour au pays! Du moment de mon départ vers l’aéroport de Dharamsala le 28 avril jusqu’au moment de mon arrivée à YUL le 29, mon trajet aura duré plus de 36 heures. Si l’on ajoute à cela que j’ai très peu dormi la veille du départ, tout comme en avion (plein de films à voir ou à revoir. Comme l’inoubliable Captain Fantastik, l’histoire d’un tout autre genre de super héros), je peux vous dire que je suis arrivée aux douanes canadiennes à bout de souffle, avec un drôle de sourire étonné aux lèvres (« Je suis à Montréal...?! »).

Et puis au bout d’un long moment, toujours pas de sac. J’étais pourtant rendue presque seule autour du carrousel à bagages. Alors quand des employés ont commencé à déposer sur le sol les bagages restants pour faire de la place à ceux du vol suivant, j’ai dû me rendre à l’évidence : mon sac avait raté sa correspondance à Beijing. Pour récupérer une valise perdue, il faut remplir un formulaire au kiosque de sa compagnie aérienne. Et dès que le bagage arrive, on te le fait parvenir chez toi (j’ai reçu le mien le lendemain soir).

Bref, c’est une vadrouilleuse épuisée et un brin ahurie qui a finalement rejoint la sortie. Ma mère, qui m’attendait pendant tout ce temps, était tout inquiète. Il semble que nos retrouvailles d’aéroport aient tendance à être compliquées! (Rappelez-vous celles de Bangkok, avec ce douanier qui refusait de la laisser entrer en Thaïlande...) Mon beau-père, quant à lui, pensait que j’avais essayé de passer des trucs louches dans mes bagages! Voilà pour ma réputation! Hahaha!

Premiers jours difficiles et si doux

J’avais peur de la réaction de mon gros Poulet. Allait-il me reconnaître, m’ignorer, se sauver de moi? Mais dès que je l’ai appelé, il est venu se frotter à mes jambes. Et quand il a répondu de la même façon que d’habitude à l’un de nos jeux (« tapoche le poulet »), c’est-à-dire en s’enroulant autour de mes chevilles, tout en faisant mine de me mordre les jarrets et en ronronnant, mon petit cœur a fondu. (« C’est mon chat!!!»)

Autre source de joie, mon nouvel appartement. Il est PARFAIT. Enfin pour moi! Puis j’adore aménager un nouvel endroit. Organiser, faire des listes, trier? Moi! Moi! Moi!

Et puis le plaisir de retrouver ma mère et sa cuisine savoureuse. Mon beau-père et son humour particulier.

Mais tu as l’air tout heureuse de la vie, Isa. Pourquoi écrire « jours difficiles » dans ton titre? Ouin bien, c’est que, si je suis rentrée au pays avec le moral dans le plafond, mon corps, lui, a crashé

Jetlag, tu dis?!

Les cinq premiers jours, j’étais dans un état de grande faiblesse, nauséeuse, l’estomac dérangé, pas solide sur mes pieds. Plusieurs raisons combinées peuvent expliquer ma situation. Le manque de sommeil cumulé des deux jours du trajet de retour, manger de la viande après 5 mois de végétarisme, eau potable différente, retour du pain et des produits laitiers dans mon alimentation, le stress du retour au pays qui tombe, le stress du retour au travail qui se pointe… Et un décalage horaire qui tue.

Toutefois, considérant que je suis de retour d’Asie et que j’ai perdu beaucoup de poids au cours des dix derniers mois, je suis, aussi, peut-être mourante! Hahaha! C’est en tout cas ce que je dis, à la blague, à mes proches (mais en même temps, cela demeure une possibilité dans un coin de mon cerveau que je préfère ne fréquenter que quelques secondes à la fois).

C’est donc clair que j’ai pris rendez-vous avec mon doc. (Et pas pour lui montrer mon horrible tétine sur le genou! Parce que, bizarrement, du moment où j’ai parlé d’elle sur mon blog, elle s’est tout effritée… Il ne reste plus d’elle qu’un léger renflement. Je crois bien que je l’ai insultée, suite à quoi elle s’est laissé dessécher et mourir par manque d’amour. RIP, l'affreuse!)

Avis de recherche à mes fesses

Mais bon, au bout de cinq jours, ma santé physique est redevenue normale et tous mes symptômes sont disparus. J’étais sans doute simplement jetlag. Quand même, j’ai conservé mon rendez-vous chez le médecin (c’était le 15 mai). Je dois passer les tests habituels et retourner la voir dans un mois. C’est la question de mon poids qui intrigue. Parce que depuis mon dernier rendez-vous médical en juin dernier, j’ai perdu 37 livres (WTF?!)! Je savais avoir maigri, mais à ce point-là, et sans absolument rien faire pour… C’est vraiment beaucoup de lecture!

Ce qui me retient de m’inquiéter, c’est que je pense qu’il est possible que j’aie maigri juste à cause de mon alimentation des 10 derniers mois. Peu de viande, peu de pain, peu de fromage, full fruits et légumes, seulement 1 ou 2 repas par jour (généralement légers), peu d’alcool (sauf en Australie!), peu grignoté…  Tout cela mis ensemble me fait croire que je suis en santé et que je reprendrai rapidement quelques kilos maintenant que je suis de retour.

Mais en attendant le retour de mes foufounes (parce que, tout comme les dinosaures, elles ont disparu de la surface de la terre), il me faudra aller magasiner quelques pantalons et ceintures!

Ça fait tu mal quand ça pousse, une racine?

Mon nouvel apparte est écoeurant. Avertissement : mets tes barniques avant d’y entrer parce que le soleil est dans la place. Ah le beau jaune pétant sur mes murs de salon! Et dans ma chambre, le fushia côtoie le turquoise, le jaune flash voisine l’aqua et l’orange (vraiment)… Pour quelqu’un d’autre, c’est trop intense, mais pour moi, c’est le bonheur visuel mur-à-mur.

Et parlant de plaisir pour les yeux, que dire de ma vue, justement… De la verdure, un beau tapis de pissenlits et, spectacle des spectacles, plein feux sur les couchers de soleil!

J’ai donc occupé presque toutes les journées des dernières semaines à aménager mon nid, le personnaliser, le nettoyer, lui faire une beauté, le rendre efficace et chaleureux… Comme il me manquait plein de trucs, j’ai aussi passé beaucoup de temps à faire des courses. Pour ce faire, j’ai retenu les services d’un chauffeur bénévole (une esclave?) : ma maman. D’ailleurs, je pense qu’au bout de la première semaine, elle a peut-être eu envie de me reshiper en vadrouille!

Mais en fait, à l’inverse de songer à repartir, j’ai plutôt le feeling curieux (curieux parce que jamais ressenti auparavant) que je pourrais occuper ce nid encore dans dix ans ou même plus. C’est peut-être juste un high d’enthousiasme temporaire pour la sédentarité après une longue période nomade. N’empêche que ce nouveau feeling est là : j’ai envie de m’établir ici pour longtemps.

Trois constats

On se calme!

Mon premier constat de retour : le stress d’ici. Maudit qu’on bouge vite, qu’on court pour rien, qu’on n’est pas patient et qu’on est chiâleux. On piaffe et on soupire quand une transaction prend un peu de temps à la caisse de l’épicerie. On veut être servi en 18 secondes au resto. Se rendre le plus vite possible du point A au point B. Finir au PC sa vaisselle.

Pour l’instant, je suis encore sur le beat indien, à garder en tête que toute chose prendra forcément plus de temps que supposé. Cela me rend plus patiente. Puis quand je m’attrape à me dépêcher en faisant quelque chose, je me demande : « Mais après quoi tu cours?! Respire! ». Et je me détends soudainement.

La switch à off

Deuxième constat : j’allume moins les lumières. En Inde, on n’allume pas systématiquement les lumières comme ici, que ce soit dans la vie privée ou dans les endroits commerciaux. Ainsi, souvent, les boutiques laissent les lumières fermées pendant le jour. Tu magasines dans une légère pénombre. Et devinez quoi? On n’a pas besoin de baigner dans un océan lumineux et éblouissant de néons pour voir ce qu’on fait.

J’avais donc pris l’habitude de n’allumer qu’au dernier moment, quand c’est vraiment nécessaire. Et je remarque que je continue cette pratique.

Je sors ma crinoline

Autre constat d’arrivée : j’ai comme des envies de féminité. J’ai le goût de bichonner ma carcasse et de faire ma cutie. J’ai envie de parfums, de foulards, de bijoux. J’ai acheté du vernis à ongles, heille! Ma deuxième bouteille à vie! Et dans ma garde-robe, plein de couleurs. Très étrange, tout ça…

9 kilos de miel et un soupçon de vinaigre

Alors en gros, l’atterrissage se passe bien. Je suis énergique, entourée, enthousiaste et occupée. Même le retour au boulot ne me fait pas peur.

Par contre, en parallèle, avec mes rendez-vous médicaux et tout ça, une partie de moi se demande si je ne serais pas tout juste de retour du « voyage de la dernière chance »! Ou se dit que peut-être que j’ai trop souvent pensé que je ne voulais pas retourner au travail, alors la vie m’a envoyé un ver solitaire pour retarder mon prochain lundi matin dans un cubicule beige! Demandez et vous recevrez : la pensée créatrice… Il faut faire attention à ce qu’on demande! Hahaha!

Blague à part, en réalité, ces pensées ne me font pas tant peur que ça. Parce que (et je le dis à ma mère avant de prendre un avion), si jamais je mourais, là, dans la prochaine heure, et bien je mourrai satisfaite de mon passage terrestre. J’ai aimé et j’ai été aimée. J’ai réalisé plusieurs rêves. J’ai beaucoup ri et beaucoup pleuré. Bref, je suis assez contente de ce que j’ai fait de ma vie jusqu’ici.

Et puis rien de mieux que de faire face à sa propre fragilité pour se rappeler que la vie, ça se passe dret-là.

 

Je m’arrête ici pour cette semaine. Dans mon prochain article, je devrais vous parler de ci ou de ça, mais très certainement pas de cela ou de ceci (il y a des maudites limites)! Bref, il faudra passer voir.

À bientôt!

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johanne pontbriand-vincent
Invité
johanne pontbriand-vincent

Bonjour ma belle Isabelle
j’espère que ton retour se passe bien et que ton adaptation se passe bien.
j’ai hâte de te voir xxxx

Marie-Claude
Invité
Marie-Claude

Yay! J’avais hâte d’avoir des nouvelles de ton retour!

Diane Ross
Invité
Diane Ross

Bon retour parmi nous Isabelle ! 😎