Héritage et grandes conclusions

Hostie toastée des deux bords!

Plus d’un mois s’est écoulé depuis mon retour. Incroyable! Il se passe mieux que prévu, ce retour, d’ailleurs. Plus sereinement que je ne l’aurais cru. J’en suis toujours toute à ma joie d’aménager mon nid et de renouer avec mon matou et mon quartier. Du bonbon!

Il faudrait bien que je me mette à penser au retour au boulot (le 20 juin), aussi. Mais jusqu’ici, j’élude la question. Je sais que j’y serai le 20 (avec ou sans Tourette, je ne sais pas encore) et cela fait le tour du sujet pour aujourd’hui. Quoi que… Peut-être que je découvrirai, une fois souverainement réinstallée dans mon palais (je travaille au palais de justice de Montréal), que ma vadrouille m’a légué des outils magiques pour en savourer davantage les plaisirs subtils.

Parce que partir aussi longtemps ne se fait pas sans conséquence. D’ailleurs, ce sera le sujet de mon texte, cette semaine. Je me pencherai sur la question de l’héritage (Gun bitch!) que m’a légué ma vadrouille et je tirerai quelques grandes conclusions de l’aventure. Les sujets abordés seront complètement décousus, mais j’essayerai d’en faire une courtepointe qui se tient.

Mon cœur de pierre

En fait d’héritage, commençons d’abord par le gros concret: tous les souvenirs physiques rapportés. J’ai pris l’habitude il y a plusieurs années de prendre une photo-finish de mes souvenirs de voyage. Cette fois-ci, la quantité de souvenirs était vraiment impressionnante! Comment j’ai pu rapporter tout ça? Facile: ma mère a rapporté plein de choses pour moi quand elle est repartie de la Thaïlande + j’ai envoyé un paquet depuis Bali.

Parmi ces trésors, il y avait quelques cailloux. J’aime bien subtiliser une ou deux petites pierres (ou coquillages) aux lieux visités. J’en avais déjà beaucoup, de ces cailloux voyageurs recueillis au fil des ans. D’ordinaire, je les place dans un bol en verre. Mais cette fois-ci, il m’est venu l’envie de les exposer différemment afin de les voir mieux (ils sont tellement beaux!). Pour l’instant, j’en ai fait un cœur de pierre dans un coin de ma chambre. Mais rien n’est fixé. Ainsi, je pourrai modifier à l’envi le design de ce pseudo jardin zen. Quand mon chat découvrira que les roches sont parfaites pour jouer au hockey, par exemple…

Bienvenue dans mon autre palais

Ici, je vais parler de quelques aspects qui touchent la bouffe. Car il semble qu’il soit dérangé, mon palais. Ma vadrouille aura eu un impact clair au niveau de mon estomac.

En partant, l'eau sent tellement le chlore, ici! Après des mois sans le sentir, l’odeur est frappante. Ce qui fait que sitôt revenue, j’ai pensé : « J’ingère ce stuff-là?! Ça ne peut pas être une bonne nouvelle…» Et j’ai acheté en vitesse un pichet filtreur.

Trop

Puis, j’ai réalisé que je mangeais bien trop. Je le savais déjà, mais c’est en Inde que l’idée a enfin percuté mon esprit. Parce que, pendant des jours, je mangeais peu et je me sentais vraiment bien. Puis, un soir, je mangeais un gros repas et soudain, je ne me sentais plus bien. Pour réaliser que cet état de «ne pas me sentir bien», je le ressentais très souvent après mes repas au Québec. Combien de «Ouf! J’ai trop mangé…»! Alors pourquoi est-ce que je me fais subir ça? De la gourmandise au masochisme, n’y aurait-il qu’un pas?

Bref, je continue à manger léger la plupart du temps. Mon truc : je n’achète que des bonnes choses (ou presque, parce que je ne vise pas la sainteté avant au moins 2062). Ainsi, quand j’ouvre l’armoire à la recherche d’une cochonnerie à grignoter, je ne trouve que des lentilles. Je revire de bord! Le plus con, c’est que je continue à aller voir pareil. T’sais, des fois que j’y trouverais un sac de Cheetos jalapeño que je n’aurais pas remarqué la fois d’avant… Hahaha! Ma folle du logis se porte comme un charme, à ce que vous pouvez constater. Tant mieux! Je me suis attachée…

Un goût de revenez-y pas pantoute!

Je ne mangeais pas que léger, principalement au cours des cinq derniers mois de ma vadrouille. Je mangeais aussi végé. C’est naturel pour moi de manger végé parce que j’aime tous les légumes, toutes les légumineuses et le tofu. Quand même, je suis revenue au pays avec en tête un solide appétit pour de la viande et des œufs. Mais il semble que cet appétit ne se soit pas transféré vers mes papilles. Parce que la viande et les œufs ne sont plus aussi trippants en bouche (même le bacon : WTF???). Tous décevants, voire avec un petit goût de chair morte (ah tiens! C’est justement ce que c’est!). Ça sent le virage végé officiel...

3 x par jour : mon œil!

D’ailleurs, je l’ai flushée, cette règle des trois repas. Je mange quand j’ai vraiment faim, un point c’est tout. Surtout, j’essaie d’écouter ma satiété.

Par exemple, j’ai mangé récemment dans mon restaurant préféré, un restaurant de fine cuisine turque (Su, sur la rue Wellington à Verdun. Un bijou gastronomique d’où l’on ressort toujours avec le projet d’y retourner. À découvrir!). Le repas était savoureux et chaque bouchée me tirait un hum bien senti. Sauf qu’il était copieux, aussi. Autrefois (jadis, il y a un an!), j’aurais vidé mon assiette anyway (d’autant plus que c’était trop bon!), mais cette fois-là, j’en ai laissé une partie. Cela m’a fait un petit pincement, néanmoins j’ai choisi d’écouter (mais peut-être pas à son premier appel!) ma satiété.

D’autant plus que j’ai reçu le cadeau inattendu de perdre tous mes kilos superflus sans rien foutre pour. Alors je pourrais quand même saisir l’occasion pour rester mince, non? (Oh boy que ça sent le galliper de Pérusse, cette histoire-là : aucune garantie!)

Le brin (la branche) de folie

En Inde, j’ai connu une période de frénésie créative qui m’a rappelé mes années d’université. Et je me suis rendue compte que ma vie post-bacc manquait nettement d’invention, de création et de folie. Non, je ne me remettrai pas à gober des buvards pour déclamer des poèmes de Claude Gauvreau! Been there, done that. (Salut pitounette à lunettes!) Mais je tiens à conserver cet état d’esprit allumé et créatif, un brin psychédélique.

D’ailleurs, je ne regarde presque plus la «télé» depuis mon retour. J’ai de la misère à regarder deux épisodes consécutifs de 20 minutes. Je pars dans mes idées, j’interromps l’émission pour noter un truc, j’ai envie de bouger, je sors le balai, je tapoche mon chat, je danse («Leeeeet the sunshiiiiiine! Leeeeet the sunshine in! The suuuuuunshine iiiiiin!»)…

La belle vie d’Isabelle – un plan

L’héritage le plus précieux, de mon point de vue, c’est de rentrer au pays avec un plan. Grâce à de nombreuses séances d’introspection, j’ai dessiné un portrait de ce que j’attends de la vie (rêves, objectifs, valeurs profondes, sphères d’activités dans lesquelles je souhaite concentrer mon énergie).

Puis j’ai défini des moyens concrets pour garder le focus sur tout ça. Mais des moyens adaptés à ma personnalité (bohème, indisciplinée, rébarbative à l’autorité, enthousiaste MAIS paresseuse…). C’est cette étape-là la plus difficile. Parce que, comme j’aime le dire à la blague, je n’accepte les ordres de personne, pas même de moi! Pour arriver à mes fins, il faut donc que je me déjoue en me rendant les choses attirantes et spontanées et/ou en me rappelant constamment les raisons profondes attachées à ce que je dois faire.

Pour donner un exemple concret, je trouve que je suis devenue paresseuse intellectuellement depuis quelques années. Je veux donc consacrer une partie de mon énergie à stimuler mon intellect. La façon la plus sûre d’attiser une rébellion isabellienne aurait été de me donner des indications du genre «lire un essai par mois» ou «15 minutes de lecture non-littéraire par jour». Pour me déjouer, j’ai abordé la question autrement.

Alors j’ai : 1- installé un jeu de stimulation de la mémoire sur mon téléphone et ma tablette. J’en ai testé quelques-uns et porté mon choix sur l’application Memorado, parce qu’à la fin des exercices de stimulation quotidiens (qui sont simples et efficaces, presque amusants), il y a une séance de pleine conscience avec des méditations. Un beau bonus qui me donne d'autant plus envie de prendre quelques minutes chaque jour pour exercer ma cervelle.

2- Plus d’essais, moins de romans. J’ai épinglé sur mon babillard une petite boîte contenant des billets. Sur chaque billet, le titre d’un livre (ou d’un auteur) à lire ou un sujet sur lequel j’aimerais en apprendre plus. Quand j’ai terminé un livre, je choisis le prochain à partir de la petite boîte pleine d’inspiration. Ces jours-ci, je lis La doctrine des bonnes intentions de Noam Chomsky. Juste avant, c’était Les luttes fécondes de Catherine Dorion. Et j'ai déjà hâte d'aller fouiner du côté de ma jolie petite boîte pour découvrir quelle sera ma prochaine lecture. (Haha! Je t'ai déjouée, la vadrouilleuse!)

3- Plus de documentaires, moins de séries. En plus j’adore les documentaires. Alors j’ai résilié temporairement mon abonnement à Netflix, question de limiter mes options «télé» pour quelques temps.

Je récupère

Depuis mon retour, j’ai continué à récupérer et à réutiliser à peu près tous les matériaux (papier, carton, boîtes, emballages, …). Et pour être franche, cela tient bien plus au plaisir qu’à de quelconques valeurs écologiques (même si l’idée de base provient de là). Je le fais parce que j’adore ça! Par exemple, j’avais conservé un bouchon de liège, que j’ai découpé en quatre rondelles et utilisé pour surélever mon ordinateur portable (pour une meilleure aération). Et cela m’a rendue toute joyeuse.

Anglais

Après dix mois de vadrouille à communiquer presque uniquement en anglais, c’est fou à quel point je me suis améliorée. Avant, j’étais parfois frustrée de ne pas trouver les mots qu’il faut pour exprimer précisément ma pensée. Ce n’est plus le cas aujourd’hui (ou rarement). Cela ne m’intimide plus non plus de faire entendre mon bel accent du Québec et je ne cherche presque plus mes mots.

Ce qui est un peu biz, c’est que les premiers jours, je venais toujours pour parler en anglais. Pas avec mes proches, mais avec mon livreur de matelas, la serveuse du resto, le service à la clientèle Rogers. Surtout pour des formules de politesse, en fait, ou pour ces brèves réponses toutes faites qu’on dit sans y réfléchir (sure, yes, thanks…).

Ambidextre des routes

C’est super con, mais je suis comme mêlée avec le sens de la conduite automobile! Inde, Australie, Népal, Indonésie : partout ils conduisent dans le «mauvais» sens. Si bien que récemment, en auto avec mon beau-père, j’ai failli avoir une attaque quand j’ai cru pour une seconde qu’il allait s’engager dans une voie à sens inverse. C’est d’ailleurs après cet incident que j’ai décidé officiellement de reporter mon road trip à Québec. Il vaut peut-être mieux que je me replace les repères dans le bon sens avant de me lancer sur la route!

L’amour en héritage?

Nope! Mais je me suis aimée assez pour arrêter le tabac, que j’avais repris sitôt sur la route, à la mi-février. Une excellente façon de souhaiter une bonne Saint-Valentin à mes petits poumons noirs!

Les grandes conclusions: un méli-mélo

Bohème organisée

Ma vadrouille m’a confirmé que je suis vraiment une bohème organisée. J’ai passé des heures et des heures jubilatoires en préparatifs puis, une fois sur place, j’ai à peine jeté un regard sur les notes que j’avais prises. Parce que, même si j’aime savoir ce qu’il y a à voir aux alentours, je préfère naviguer à l’œil.

Ode aux femmes sans tordeur

J’ai souvent pensé à ces femmes, en cours de route, pour leur rendre hommage dans ma tête. Parce que la chose qui me manquera le moins de ma vie de routarde, c’est la lessive à la mitaine. Ça t’use les mains, je te jure.

Ode aux femmes sexagénaires

J’ai toujours recherché spontanément la compagnie des hommes. Mais cette année, ce sont les femmes qui m’ont vraiment inspirée, particulièrement les sexagénaires. Parce qu’en cours de route, j’ai fait la connaissance de plusieurs femmes exceptionnelles. Des femmes de caractère, anticonformistes, épanouies. Des femmes avec des projets, allant au bout de leurs aspirations. Des femmes qui aiment la vie et la frenche à bouche que veux-tu. Des femmes qui te prouvent que non, on n’est pas obligé d’être mort des années avant que notre cœur cesse de battre!

Madame Trop et son surmoi
Partir seule pour longtemps, c’est vivre la totale liberté. Pendant dix mois, j’ai été libre de mon horaire, libre de manger ce que je voulais (enfin, parmi ce qui était disponible!), libre de jaser ou pas, libre d’aller à gauche ou à droite.

Et libre d’être malsaine, aussi. Comme de passer 3 jours à Simcity sans sortir de la chambre. Ou de ne pas me laver plus que les mains, deux jours de suite, parce qu’on gèle trop. Ou d’abuser des bonnes et des moins bonnes choses. T’sais deux minutes pour être trop ci puis trop ça. Et pas assez ci puis pas assez ça. Puis surtout (et c’est la magie de l'affaire) s’en crisser totalement!

C’est une recette qui goûte trop bon pour arrêter d’en manger! Je vous le dis tout de suite, j’ai l’intention de vivre de plus en plus comme je l’entends, sans me soucier de plaire aux exigences et aux critères des autres. Parce qu’on est chacun comme on est, avec des besoins et des aspirations différentes. Le style de vie qui m’alimente intérieurement passe peut-être par un chemin différent du chemin considéré normal. Et alors?

Je suis par ailleurs tombée sur cette citation de La Bruyère, récemment, qui a trouvé une grande résonance dans mon esprit :

Nous cherchons notre bonheur hors de nous-mêmes, et dans l'opinion des hommes, que nous connaissons flatteurs, peu sincères, sans équité, pleins d'envie, de caprices et de prévention: quelle bizarrerie!

Quand même, ce que j'ai découvert aussi, pendant mes mois de totale liberté, c'est que, même sans personne pour me mettre la pression de me grouiller le cul, je la ressentais pareil. Les joies du conditionnement acquis! Mais à quelque part, je trouve que c'est très bien que mon surmoi fasse son boulot : il m’a remis sur la bonne track, à l’occasion, quand je me suis un peu perdue en cours de route.

Oiseaux

Cela va sembler bizarre, mais… Je ne savais pas que j’aimais autant les oiseaux!

Poncho et Lou Reed

Ma vadrouille m’a confirmé qu’un homme en poncho, c’est non!
Elle m’a également confirmé que la musique qui résonne le plus pour moi est toujours celle des 70s (fin 60s-70s).

Idiote en selfie

Une conclusion s’impose d’elle-même quand je fais le survol de mes photos : l’art du selfie ne m’est pas acquis! Voici donc les koalas et moi, suivi de Singapour et moi:

À vos buvards!

Je m’arrête ici, mais bien sûr, mon article ne constitue pas un portrait exhaustif de ce que ma sabbatique m’aura apporté. D’autant plus que je continuerai à en découvrir les impacts au fil des prochains mois, je crois. Mais je terminerai par l’évidence : cette année inoubliable aura été éminemment formatrice et nutritive!

La semaine prochaine, je devrais publier le dernier article de la série «bilan» de mon aventure. Il y sera principalement question de l’écriture de ce blog et d’une suite potentielle envisagée pour celui-ci.

En attendant, je vous laisse sur un extrait du poème Les boucliers mégalomanes, de Claude Gauvreau (à lire à haute voix, pour en savourer la musique). Vous constaterez que le Larousse n’est pas encore à jour en fait de vocabulaire gauvresque! Tant pis pour lui.

Ô Lunèthophyne
je me penche et te cramuille
Ortie déplépojdèthe
j’agrimanche ta rusplète
Et dans le désert des marquemacons tes seins obèrent le silence

À bientôt!

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johanne pontbriand-vincent

belle conclusion xx